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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 12:26

CHAPITRE XIV

Pléneuf

Oublierons-nous Pléneuf, notre chef-lieu de commune et notre chef-lieu de canton auquel le Chemin des Romains que nous parcourons depuis le Poirier nous à fait tourner le dos pour visiter Planguenoual, Morieux et les Ponts-Neufs ?

Pléneuf (PIou, par corruption Plé, Peuple, Navium, de navires) est par excellence le pays des marins, ces travailleurs de la mer, « anoblis par leur noble métier », ainsi que les Vieilles Réformations en font foi.

En montant du Val-André à Pléneuf, on découvre du haut de la côte une série de collines s’élançant jusqu’à la mer, soulignées par les ombres de leurs vallons et animées de plusieurs moulins à vent que la brise laisse rarement chômer.

A ce point élevé d’où l’on aperçoit le village du Val-André, la Ville-Pichard, et par delà les falaises de Dahouët, celles du Port-Morvan, la baie de Saint-Brieuc et le pays lointain d’en face, l’élégant Rosmeur doit à un architecte de goût, celui de la coquette et neuve église paroissiale, son cachet discrètement claustral tout en restant suffisamment mondain.

A un demi kilomètre du bourg, sur la route de Saint-Alban, le nouveau Guémadeuc, l’ex-Cloître qui, lui, n’avait de claustral que le nom, a pour châtelain le propriétaire de la partie de notre plage faisant suite, vers Dahouët, aux terrains de M. Cotard.

De l’autre côté de Pléneuf, dans la direction d’Erquy, Nantois, dans une situation exceptionnelle, au milieu de ses bois, à quelques centaines de mètres de la mer qui borde ses prairies.

Plus loin, toujours dans la même direction, à la limite extrême des deux communes, mais appartenant à la nôtre, la Ville-Berneuf, à M. le docteur Le Gal La Salle, ancien député, jouit d’une situation non moins avantageuse.

                       

« La station de Lamballe dessert la commune de Pléneuf, chef-lieu de canton, et le port de Dahouët, à 12 kilomètres au nord, port de relâche et d’expédition pour Terre-Neuve. C’est dans le cimetière de Pléneuf que repose le corps du général de Lourmel, tue devant Sébastopol ».

Voila ce que trouvait à dire de notre petit chef-lieu M. de Courcy, l’un de nos « Guides » les plus consciencieux. Il est vrai que son Itinéraire de Rennes à Brest et à Saint-Malo parut en 1864 et que saint André, au risque de rendre jaloux nos amis les Russes, dont il fut l’apôtre et dont il est resté le patron, n’était pas encore venu, à titre d’ex-pêcheur, visiter notre plage et transformer notre Val en dret (Val en droite ligne de Pléneuf à la mer) en Val Saint-André, suivant un essai de légende fantaisiste, ou simplement Val-André.

Un autre Guide, plus récent que celui de M. de Courcy, a vu tout près de notre village un vieux manoir, sans nous donner son nom. Ce ne peut être que le Vaucler (V. Chap. VII) auquel nous avons fait largement les honneurs de notre « Baronnie ». Il n’est d’ailleurs qu’à 1 kilomètre du Val-André. Un sentier, à l’abri du soleil et du vent sous de grands arbres, descend jusqu’à la mer le long d’un ruisseau, conduisant du château à la grève de la Ville-Richard ou du Vaucler, communiquant à celle de Nantois.

Ce qui nous reste à dire du Guémadeuc sera purement historique puisque, comme nous l’avons dit, il n’en reste plus traces, pas même des ruines.

Le château du Guémadeuc a été, pendant plusieurs siècles, le point de mire des pirates qui débarquaient à Dahouët.

N’en déplaise à l’auteur du certain Livret-Guide-Indicateur (Chemin de fer de l’Ouest : Normandie, Bretagne et Ile de Jersey) qui égare les visiteurs de Nantois « sur la route de Lamballe » et qui a vu, « à côté », les « ruines de l’ancienne forteresse du Guémadeuc », nous ne partagerons pas des illusions d’optique plaçant à gauche ce qui est à droite et permettant de voir avec les yeux de la foi … sur la foi sans doute d’un autre Guide qui parle des ruines d’une « ancienne abbaye », les restes d’un château fantôme. C’est à la page 124 de ses « Descriptions des principaux points intéressants à visiter sur le réseau des Chemins de fer de l’Ouest » que nous empruntons ces merveilles, dût-on nous accuser de plagiat.

Aux Etats de Bretagne, tenus à Vannes, en 1451, Madeuc, sire du Guémadeuc, avait été élevé au rang de banneret. A ceux de 1610 (27 septembre), également tenus à Vannes, messire du Guémadeuc venait, dans l’ordre des préséances, immédiatement après le baron de la Hunaudaye.

En 1698, « le marquis du Guémadeuc », gouverneur de Saint-Malo et lieutenant pour le Roi dans les évêchés de Rennes, Vannes. Dol et Saint-Malo, se voit conférer par déclaration royale la lieutenance héréditaire de ces quatre évêchés. Des deux filles qu’il laissa, « l’une épousa le marquis de Volvire ; l’autre, le comte de Marbœuf, chambellan de Stanislas, roi de Pologne et lieutenant du Roi de la Haute-Bretagne, à cause de sa femme ».

Le fief du Guémadeuc, « après avoir été longtemps possédé par les seigneurs de ce nom, passa dans la maison de Vignerot, marquis de Pontcourlay. Il fut vendu par le duc de Richelieu au sieur de Berthelot. Vendu une seconde fois en 1719, il fut acquis par Agnès Rioult de Douilly qui avait épousé Etienne de Berthelot et en 1770, il était encore possédé par son petit-fils, M. Baudoin, maître des requêtes ».

En 1747, le Guémadeuc conservait encore ses droits de juridiction dont relevaient les notaires de Pléneuf :

« Estant dans nos études et demeures que nous avons séparément dans la paroisse de Pléneuf, nous y est venu trouver noble maistre François-Hyacinthe, seigneur de Saint-Vreguet, procureur fiscal de notre dicte juridiction du Guémadeuc, demeurant au chasteau de la Ville-Nihan, dite paroisse de Pléneuf ».

Le Guémadeuc ajoute à l’avantage d’avoir vu son nom porté par l’une des plus grandes maisons de France et de Bretagne l’honneur d’avoir eu pour Régisseur, au siècle dernier, un agronome distingué. M. Le Dosseur (c’était son nom), fut adjoint en 1769 par les Etats aux membres déjà désignés pour faire partie de la Société d’agriculture instituée en 1762, à Saint-Brieuc, par ces mêmes Etats.

Dans l’antiquité, Romulus et Remus étaient séparés par un sillon qui coûta la vie à ce dernier pour l’avoir franchi. De même, nos fondateurs ont-ils un fossé entre leurs possessions riveraines de la grève du Val-André, mais s’il y a de la concurrence, il n’y a pas d’hostilité.

Les terres du Guémadeuc qui appartiennent à M le comte d’Aubert joignent, par un pont, les terrains de M. Cotard, à l’embranchement de la route du Minihy. Un autre chemin, récemment ouvert aux frais du propriétaire du Guémadeuc, relie à la voie départementale cette partie de la plage et la rapproche de Dahouët.

Pléneuf s’honore d’avoir vu naître le général de la Molto-Rouge, le glorieux vétéran des guerres d’Espagne, de Belgique, de Crimée et d’Italie, grand-croix de la Légion-d’honneur, ancien député. Dans la guerre Franco-Allemande, le général de la Motte-Rouge commanda en chef nos troupes de l’Ouest.

Nous ne voudrions pas terminer ce chapitre sans inscrire sur le livre d’or de notre commune ces lignes de l’historien de Saint-Brieuc :

« Simple et bon dans la vie privée, il aimait surtout à goûter les joies de la famille dans sa petite campagne du Val-André, à peu de distance de sa ville natale ».

C’est de l’Amiral Charner dont parle ainsi M. Lamare, de notre illustre marin, « l’orgueil de Saint-Brieuc, sa ville natale » et aussi le nôtre puisque ce fut ici sa villégiature favorite.

A côté de l’Amirauté, dont une ruelle la sépare, la ravissante propriété de M. Ruello vient de voir achever sa belle villa, sous la direction de M, Eveillard, entrepreneur de travaux publics à Lamballe.

Le jardin qui l’entoure, artistiquement dessiné est digne de la villa.

Pléneuf, 2,422 habitants, à 1 kilom. ½ du Val-André.

Manuscrit de la Bibliothèque municipale de St-Brieuc.

Au siècle dernier, « le grenier du château de Nantois » percevait, en Saint-Alban comme en Pléneuf, des rentes féodales dont l’une d’elle, en froment, était rendible audit château et due par la dame de la Goublaye, veuve Le Garou, à cause de la Ville-Meno, maison et métairie noble, en la paroisse de Saint-Alban, sous la mouvance de la seigneurie de Nantois et de la Sorais. (Audience précitée, Chap. V, I, du 17 décembre 1787). — Registre des Plaids généraux de la Baronnie de la Hunaudaye (Villethéart et autres annexes), juridiction à laquelle Nantois était soumis.

Ecrivain distingué, M. le Dr Le Gal La Salle est lauréat de l’Académie française pour son ouvrage : L’Héritage de Jacques Faruel.

Son cœur a été transféré à Pontivy, sa ville natale.

Chapitre VII, I.

Ruffelet. — Annales.

Contrat du 13 mai 1747.

Au nombre des Sociétaires on remarquait MM. de Rabec, chanoine, Armez de Poulpry, de La Salle Le Mée, etc.

Les Souvenirs de Campagnes du Général de La Motte-Rouge se publient chez P. Lethielleux, 10, rue Cassette, Paris.

Histoire de Saint-Brieuc.— Société d’Emulation des Côtes-du-Nord. — Saint-Brieuc, F. Guyon.

Nous ne pourrions, sans injustice, omettre les noms de MM. Pierre et Mathurin Denis, entrepreneurs à Pléneuf, qui ont si largement contribué, eux aussi, aux embellissements de la plage.

Parmi les propriétaires, citons: MM, Revoil, Directeur du Cabinet et du personnel au Ministère des Affaires étrangères ; Proudhon, Préfet du Finistère ; Mention, Examinateur à Saint-Cyr ; Lecomte, Avocat à la Cour d’appel de Paris, Président de notre Syndicat ; Planel, Violon solo de la Reine d’Espagne (Manoir Planel). etc., etc., (Voir Annuaire du Val-André).

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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 12:25

CHAPITRE XII

De Montafilant (Corseul) à Planguenoual,
par le Chemin-Chaussé.

Planguenoual, — Jospinet, — Cotentin.

Le chemin des Romains ou Chemin-Chaussé (via calcata), ou encore Chemin-Ferré (via ferrata) « se prenoit à Corseul et donnoit sur Quintin. Il passait par Cambœuf, Plancoët, le Chemin-Chaussé, Saint-Alban, Planguenoual, Yffiniac. De cet endroit, il se prolongeait durant environ 2 lieuës vers Quintin ».

Des localités qu’il traversait et traverse encore, beaucoup nous sont déjà connues : Montafilant et Corseul, Cambœuf, Plancoët, le Chemin-Chaussé et Saint-Alban. Nous avons à reparler de Planguenoual et à suivre de là le très court itinéraire qu’il nous reste à parcourir jusqu’aux Ponts-Neufs, car nous touchons à la limite extrême de notre baronnie, les Ponts-Neufs n’en étant plus.

La route est si belle et si droite, les promenades et les parties de pêches à faire à l’étang que nous rencontrerons, après la Ville-Gourio, sont si engageantes que ce serait vraiment dommage de ne pas y descendre.

C’est cette ancienne voie romaine que nous empruntons, du « Poirier » aux Ponts-Neufs, que nous prenions pour nous rendre du Val-André à Saint-Brieuc, par Pléneuf et à St-Alban, ou par le chemin dit « des Saules » et par Dahouët. La route de Dahouët à Lamballe qui croise, au Poirier, celle de Saint-Brieuc fut ouverte en 1767 et ne fut terminée qu’en 1774. Les Etats de Bretagne, en la décrétant, votèrent dans cette même session 3,000 livres pour « l’escarpement » des rochers gênant l’entrée du port.

Pendant plusieurs kilomètres le Chemin des Romains semble tracé à la règle, et sa ligne droite se profile à perte de vue, traversant le bourg de Planguenoual, longeant à mi-côte les bois de la Ville-Hervé jusqu’à la Ville-Gourio. C’est bien là une voie de conquérants sans souci des propriétés que coupent leurs routes stratégiques.

Planguenoual, dont la suzeraineté paroissiale était disputé au comte de rieux par le puissante maison de La Moussaye, était, avant la Révolution le lieu d’exercice des justices du Hourmelin (m. j.), à messire Le Métaër, de la Villemen (m. j.) à messire de la Villéon, du Val (m. j.) à messire de Rabec, enfin de l’abbaye de Saint-Aubin-des-Bois. L’Ordre de Malte possédait aussi des fiefs en cette paroisse, en Quessoy, en Collinée et Plainte-Haute. La justice des chevaliers s’exerçait à Quessoy.

Pendant la peste qui ravagea Lamballe, au XVIIe siècle (1634), la juridiction ducale de Penthièvre s’établit à Planguenoual et aux Ponts-Neufs.

Le Vaujoyeux, en Planguenoual, avait pour seigneur, en 1722, le père Claude Le Métaër. Messire Claude, écuyer, fut capitaine d’infanterie, il épousa dame Hélène Rebillon, et leur fils, volontaire au régiment de Vermandois, mourut en Corse en 1779. Décédé lui-même à Lamballe en 1791, il fut accompagné au cimetière de Saint-Martin, suivant l’acte mortuaire « par le clergé et plusieurs personnes de distinction ». Le père d’Hélène avait été maire de cette ville.

Le bourg de Planguenoual possède une chapelle (Saint-Michel), en outre de son église dont les deux colonnes du porche menacent de s’écrouler et dont le clocher neuf remplace un clocher foudroyé récemment, en dépit de la protection de Sainte Barbe qui a aussi sa chapelle en cette commune, du côté du Hourmelin. Nous connaissons par l’histoire des désastres de la Ligue, l’incendie de l’ancienne église. Quant à la chapelle Saint-Michel qui borde la route de Saint-Brieuc, son architecture actuelle vaut celle d’une grange. Semblable à un vêtement neuf d’étoffe grossière sur lequel seraient cousues deux loques précieuses, ainsi l’informe maçonnerie de la chapelle n’a conservé de l’ancien édicule que deux haillons dont l’un, une niche renfermant une statuette, est signalé aux passants par son blanc badigeon ; l’autre consiste en une petite porte cintrée avec quelques restes de ciselures. La statuette représente saint Michel sous les traits d’un adolescent, hors de combat tant il est mutilé dans sa guerre contre les ans, et non contre le diable qui ne peut rien à l’Archange, pas même son image.

Un pieux et touchant usage réunit chaque année, en cette chapelle, les laboureurs de la paroisse venant mettre leurs semences sous la protection du dompteur de l’Esprit du mal.

Du bourg de Planguenoual à la mer, un chemin vicinal passant à côté de Saint-Marc, autre chapelle qui, tous les ans, a comme St-Michel, sa fête patronale et son « assemblée », permet de se rendre en voiture à la grève de Jospinet. Cette grève communique avec celle de la Cotentin (Côte en thym), ainsi appelée sans doute à cause du serpolet ou thym sauvage qui tapisse ses falaises.

Plusieurs grottes à visiter, entre autres la grotte à Margot. Le rocher de Roc-Mel, qui n’est jamais complètement recouvert par la mer, est le Verdelet de ces parages. On y fait des pêches non moins fructueuses, aux jours de grandes marées.

Le village de la Cotentin, assez difficile d’accès pour les voitures, serait agréable aux promeneurs avec ses fontaines et ses bouquets d’arbres, sans les fumiers au-devant des maisons et le purin débordant des étables vers les ruisseaux qu’ils souillent, vers les mares qu’ils infectent, au préjudice de l’agriculture et au détriment de l’hygiène.

Pour s’y rendre par le chemin de Jospinet, on quitte ce chemin à la croix du Val, et l’on prend l’avenue conduisant au château. A la grille du château, on tourne vers la droite, et l’on gravit une montée croisant brusquement l’avenue d’où l’on repart dans la direction du village.

Le Val, dont les terres vont jusqu’à la mer, vient d’être reconstruit sur de nouveaux plans. Il ne reste qu’une aile de ce qui fut bâti, peu d’années avant la Révolution, par M. de Rabec qui s’intitulait « Seigneur de Planguenoual » (Dossier du Prédéro). Ce dernier, alors directeur de la Compagnie des Indes, avait acheté de la famille de Châteaubriand le manoir de Prédéro qu’il avait démoli. Les matériaux servirent à celui du Val, en partie remplacé aujourd’hui.

Quant au Prédéro, il fut, à la suite du trop fameux cataclysme financier de la Compagnie des Indes, revendu avec le Val. C’est actuellement une gaie maison de campagne, un nid de verdure au travers de laquelle on entrevoit les murs blancs de sa villa.

Il ne sera pas sans intérêt local que nous remontions à l’acte de vente passé, le 28 mai 1768, entre Madame de Châteaubriand et M. de Rabec, acquéreur du Prédéro. Voici les qualités des parties :

« Entre Eulalie-Marie-Renée de la Goublaye épouse et non communiaire en biens de messire Jean-Jules-Joseph de Châteaubriand, chevalier dudit nom et de la Guérande, demeurant au manoir noble de Prédéro, paroisse de Planguenoual, d’une part ;

« Et discret messire Gabriel de Rabec, sieur abbé dudit nom et chanoine de l’église cathédrale de Saint-Brieuc, au nom d’écuyer Jacques de Rabec, son frère, conseiller secrétaire du Roy, maison et couronne de France, et directeur général de la Compagnie des Indes, seigneur du Val, de la Nervelle, vicomte de Porpily et autres lieux, demeurant en la ville et archevêché de Paris, etc. »

Quant aux notaires rédacteurs, ils s’intitulent : « Notaires du duché de Penthièvre, Parie de France, et demeurant en la paroisse de Notre-Dame et Saint-Jean, et de la juridiction de l’ancienne baronnie de la Hunaudaye et annexes, au siège du Chemin-Chaussé et de la Villauvais ». (Archives de Prédéro).

Une ferme de Planguenoual rappelle, par son nom, « la Corderie », celui des cordiers, nom exécré s’il en fut.

A l’occasion des derniers devoirs rendus à Mathurin Rouault, cordier de cette paroisse, il fallait l’intervention (22 avril 1716) des seigneurs du pays, le recteur (messire de la Villéon) en tête, pour le faire enterrer au bas de l’église « proche des fonts ».

Exhumé dans la nuit du 29 avril, par les paroissiens révoltés, le corps du « caquin » fut porté au cimetière spécialement réservé aux morts de cette profession méprisée. La justice, aidée de la force armée dut intervenir pour faire restituer à sa première sépulture le malheureux cadavre, les juges ecclésiastiques de Saint-Brieuc ayant requis les archers de la maréchaussée.

Jusqu’à son inhumation définitive, le corps du cordier, retiré du cimetière où les paroissiens l’avaient déterré fut mis en dépôt à Saint-Michel de Saint-Brieuc où on « sala », en attendant la sentence et son exécution.

Ce ne fut que le 15 mai qu’eut lieu cette cérémonie, et il en coûta 700 livres aux paroissiens de Planguenoual (inhumation, transport et frais de procès, salaison comprise).

A 10 kilomètres du Val-André.

Deric, Histoire ecclésia. de Bretagne et Ruffelet, Annales.

Planguenoual, canton de Pléneuf, 1874 habitants.

Du Val-André à Dahouët, 2 kilomètres ½.

Le manoir de la Ville-Gourio, en Planguenoual, jadis à la maison de la Villéon n’offre plus que des ruines sans intérêts.

Au futur chancelier de Bretagne (Chap. V) qui fut un des témoins dans le procès de Pierre Landais (1485), ajoutons : en 1378 Olivier de la Villéon, ambassadeur breton envoyé par la comtesse de Penthièvre auprès du Roi de France pour protester contre la confiscation de la Bretagne (Dom Morice, tome I, p. 416) et Rolland de la Villéon, qui, à Ancenis, intervint, comme Procureur de Penthièvre, en 1394, dans le procès entre le duc de Bretagne et Olivier de Clisson (Dom Morice, tome I, p. 421).

Moyennes justices déjà citées à titres d’exemples (note 67), (m. j., abrév. de moyenne justice).

— 3 kilomètres. Chausse-Pinet sur nos vieilles cartes marines.

Les pêcheurs le prononcent Romel.

Un chemin plus direct va de la route de Dahouët à Planguenoual ; il est à droite, à une centaine de mètres environ du pont.

Le manoir du Prédéro, « avec droit de colombier, relevait des seigneuries de la Hunaudaye, de Montafilant, de Châteaubriand, du Vaucler, du Hourmelin et de la Villauvais, prochement et noblement » (Anciens contrats).

Dans l’un de ces contrats, le comte de rieux (1771) prend les litres de « Baron de la Hunaudaye et de Montafilant, seigneur de Plancoët et des Vauclers, marquis de Sourdéaz, vicomte de Pléhérel, en son hôtel à Paris, six rue du Cherche-Midy, paroisse Saint-Sulpice ».

L’adresse de M. de Rabec était ainsi libellée : « la première maison attenante au Palais-Royal, rue Neuve des Petits-Champs, Paris ».

Nous conserverons une pierre celtique, en forme de fer de lance, légèrement curviligne, longue de 33 centimètres et large de 4 cent., trouvée au Prédéro en 1850, en un champ que l’on défrichait.

Le Maout. — Annales, p. 432.

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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 12:25

CHAPITRE XIII

De Planguenoual aux Ponts-Neufs, en continuant par le Chemin-Chaussé.

Ponts-Neufs et Moulin Relan.

De la Ville-Gourio, tout en haut de la côte du Chemin-Ferré qui prend à Planguenoual pour aboutir aux hêtres alignés des deux côtés de la route, aux abords de ce château, on descend aux Ponts-Neufs par une voie nouvelle, moins rapide que celle qu’elle remplace : les anciens, pour modérer les pentes n’allaient pas, comme nous, chercher les flancs des collines. La grille de la Ville-Gourio qui borde le grand chemin permet d’entrevoir, à droite, le château ; à gauche, les écuries. Une avenue, plantée de beaux arbres sépare l’habitation des maîtres des autres bâtiments. Les écuries sont des modèles du genre ; elles sont neuves, et le goût qui y a présidé révèle chez les châtelains autant l’amour de l’art que la noble passion du sport. De jeunes pins dont la nuance sombre de leurs profonds massifs tranche déjà avec le vert tendre des autres feuillages feront bientôt du vaste enclos de la Ville-Gourio un des parcs les mieux plantés du pays ; la nature l’a doté d’un avantage auquel le dessinateur ne saurait suppléer, c’est-à-dire d’un superbe horizon.

Les bords des étangs des Ponts-Neufs sont gracieusement découpés par de verdoyants coteaux. La chaussée que l’on traverse pour se rendre à Saint-Brieuc date de 1745 : le duc de Penthièvre la fit construire à ses frais et y établit un péage supprimé en 1789. Elle en remplaçait une autre très ancienne (1237) : celle-ci avait été emportée le 20 juin 1587, par la suite d’un débordement du Gouëssant, la principale rivière dont l’étang s’alimente.

Dès le XVIe siècle, et de longue date déjà (Dossier de la Villepierre), cet endroit s’appelait Ponts Neufs ; c’est un adjectif qu’il a conservé, sans prendre garde qu’il a vieilli, ni plus ni moins que le Pont-Neuf à Paris.

En 1634, Lamballe et ses environs ayant été ravagés par la peste, la juridiction ducale de Penthièvre vint s’établir aux Ponts-Neufs. (Voir Chapitre XII).

« S’il faut en croire la tradition, une dame de la maison de Penthièvre, enlevée par un tourbillon, fut précipitée sous les roues des quatre tournants qui étaient à la suite les uns des autres, et retirée de dessous, broyée ».

Il avait été question, en 1785, de canaliser le Gouëssant, de Lamballe à la mer. Malgré des démarches réitérées et des pétitions couvertes de nombreuses signatures (1844), ce projet semble définitivement abandonné.

La Société « d’Energie Electrique », qui éclaire Saint-Brieuc, a utilisé les forces des chutes de l’étang des Ponts-Neufs. Du côté de l’usine, l’eau tombe en cascades, de rochers en rochers, jusqu’au fond d’un précipice, d’où la rivière reprend, entre les hautes collines, son cours vers le moulin Relan.

A cet endroit, moins encaissé qu’au départ des Ponts-Neufs, on peut dire que l’embouchure commence, car, bien que la mer soit à un kilomètre environ du moulin du Relan, elle y remonte aux grandes marées. Des rocs imposants par leur masse énorme font çà et là obstacle à la rivière, mais après s’en être jouée en les roulant, l’eau les tourne quand elle ne peut plus les déplacer et n’en continue pas moins sa marche. Lorsque la mer se retire, elle laisse souvent auprès d’elle, et presque à sec, les poissons surpris par le reflux. C’est à la fois un lieu de pêche et de promenade, aussi accessible que pittoresque.

On s’y rend aisément, en prenant, avant d’arriver à Planguenoual à la Ville-Gourio, le chemin du bourg de Morieux, lui-même fort bien situé au-dessus de la vallée du moulin Relan. La route y conduisant va vers Hillion et traverse la rivière sur un pont nouvellement construit.

Au bourg d’Hillion (2,700 habitants), les vitraux de l’église sont à visiter. Plus près de la mer, et méritant bien son nom, le château de Bonabry, entouré d’arbres superbes, aujourd’hui à M. le vicomte du Fou de Kerdaniel, du chef de sa femme née Le Corgne de Bonabry, était qualifié dans plusieurs actes du XVIIe siècle (à nos archives) de Baronnye, « Baronnie d’Yffiniac et de Bonabry ». Il appartenait alors à la maison de Crenan.

Sur la grève où il va se perdre, le Gouëssant n’étant plus emprisonné par ses rives s’épand en minces filets d’eau ou « filières ». Il est aisé de les traverser à marée basse, pour aller à Saint-Brieuc par la grève, quand on habite le littoral. C’est abréger beaucoup les distances augmentées, par voie de terre, des détours de la route ; aussi les voyageurs y seraient-ils plus nombreux s’il n’y avait eu de tristes exemples des périls qui les menacent. A la mer montante, les filières se gonflent tout-à-coup, les sables deviennent mouvants, on enfonce quand on veut fuir, et le flux qui semble guetter son heure et qui vous a surpris se glisse sournoisement d’abord, rapidement ensuite, dans le lit de la rivière qu’elle a vite fait de transformer en eau profonde, à mesure que vous vous enliser.

C’est à ce danger qu’échappa, au XIVe siècle Guillaume de Tournemine de la Hunaudaye, mais ce ne fut que par miracle, et le miracle, il le dut à saint Yves.

En sa qualité de receveur, au nom du Roi, des tailles de Tréguier, il n’avait pas toujours eu, à l’égard du saint, de bienveillants procédés, et le-saint mort, il le regrettait, lorsqu’il eut, à la filière, la preuve éclatante que les bienheureux n’ont point de rancune. Ses compagnons s’étaient refusés à tenter le passage, car la mer montait. « Lui s’obstina, et piquant des deux, il lança son cheval sur la grève, mais le flot courait plus vite encore, et bientôt le sol manque sous les pieds du cheval. Une vague enleva le cavalier qui coula à fond, et les témoins de cette scène qui ne dura pas moins d’une demi-heure le crurent perdu. Ils le vouèrent à saint Yves, et lui-même au fond de l’eau se recommanda à Dieu et au bienheureux prêtre. Tout aussitôt, sans qu’il put s’expliquer comment cela s’était fait, la mer le souleva, le ramena à la surface et il se trouva sur la croupe de son cheval qui nageait instinctivement vers la terre. Il s’accrocha aux harnais et gagna, sain et sauf le rivage, bien convaincu, comme il l’affirmait aux commissaires de la canonisation de saint Yves, que si Dieu l’avait sauvé de ce péril, c’était grâce aux mérites de ce saint ».

                       

Dans le voisinage du bourg de Morieux, Carivant et ses bois ; un peu plus loin, en se rapprochant de la mer : le Tertre-Rogon, longtemps resté une ruine au berceau, aile achevée d’un château en projet, et qu’une restauration récente à fini par rendre habitable.

Morieux a sa fontaine miraculeuse : Sainte Eugénie. On recommande son eau contre la migraine : à ce titre, nous la signalons à ceux de nos lecteurs auxquels notre petit livre aurait donné l’affreux mal de tête.

Les Ponts-Neufs sont à 13 kilomètres du Val-André.

Rivière de Lamballe.

Le Maout. — Annales Armoricaines.

Relan , ou dernier élan que la rivière fait vers la mer, à la sortie des barrages du moulin.

Au-delà, vis-à-vis de Langueux, la mer laisse à découvrir, en morte eau, de vastes étendues de sable où Alain Barbetorte écrasa les Normands, en 937, et où ont lieu les courses de Saint-Brieuc, en juillet.

Ropartz. — Histoire de Saint Yves. — Saint-Brieuc, L. Prud’homme, 1856.

A la bifurcation de l’ancienne et de la nouvelle route en allant vers Saint-René et Yffiniac, après avoir dépassé les Ponts-Neufs, une autre fontaine bénite, consacrée à Saint-Marc, presque en face de la chapelle Saint-Laurent. Nous ignorons le genre de maladies qu’elle a la spécialité guérir. Y jetterait-on des épingles ? On nous l’a dit, mais les filles en quête d’un fiancé que cette légère offrande a pour vertu de susciter gardent au fond du cœur, comme le saint au fond de sa source, le secret de leurs soupirs et de leurs espérances.

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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 12:24

CHAPITRE XI

Le Souterrain de la Hunaudaye
à Notre-Dame de Lamballe
et la légende de la fée Margot. — Notre Dame.

Il était autrefois … une fée qui se nommait Margot et qui, comme la pie servant de thème à sa légende, avait en somme assez mauvaise réputation. Pour cacher ses trésors plus ou moins bien acquis, elle avait eu recours au souterrain de l’église Notre-Dame dont elle achevait la tour. Ce souterrain communiquait, dit-on, avec la Hunaudaye, mais personne, si ce n’est Margot, n’a jamais osé s’y aventurer, et à quoi bon s’y risquerait-on, cette Margot qui bâtissait de tous les côtés ayant des besoins continuels d’argent et ne pouvant que provisoirement thésauriser.

En ramassant des matériaux sur un tertre, entre Lamballe et Moncontour, « elle vit à ses pieds, au clair de lune, vers minuit, un objet inconnu, avec des reflets blanc et noir, ce qui l’effraya. Ce fut avec de grandes précautions qu’elle le ramassa, et oubliant ses pierres, elle l’apporta jusqu’à Lamballe pour le montrer à ses sœurs ».

Aucune d’elles ne pouvant dire ce qu’était, on dut recourir aux lumières d’une fée-ingénieur, ajoute l’auteur de la légende, et l’on apprit que « c’était le cadavre d’une pie » .

La Margot est restée le nom vulgaire de l’oiseau voleur ; cet oiseau noir et blanc qui, par ses deux couleurs, symbolise le crime et l’innocence. Image de la pie qui sautille, Marguerite de Clisson boîtait à la suite d’un coup de pied que le connétable, son père, n’avait pu s’empêcher de lui donner dans un accès d’indignation, car si cette Margot racheta plus tard sa conduite par de pieuses fondations, elle avait toutes sortes de méfaits à expier, et la noirceur de ses crimes était telle qu’elle avait fort à faire, sur ses vieux jours, pour se blanchir par piété et le remords.

« N’est-il pas étonnant, dit le regretté M. Lamare au sujet de Notre-Dame de la Fontaine, le sanctuaire briochin attribué à Margot, que le nom de cette princesse qui rappelle tant d’actes audacieux et coupables, soit aussi attaché à plusieurs des plus gracieux monuments de l’art chrétien au XVe siècle ».

Cette Marguerite avait, en 1387, épouse Jean de Penthièvre, fils de Charles de Blois dont Notre-Dame était la chapelle comtale. Il était donc juste qu’en sa qualité de fée, la légende de Margot la fit ramasser le cadavre de l’oiseau aux deux nuances si tranchées sur le tertre où elle rassemblait les matériaux de la tour qu’elle bâtissait.

Et, fini la légende, « cette nuit-là, les fées apprirent qu’elles devaient mourir, ni plus ni moins que la pie ».

Notre-Dame, dont la tour était l’œuvre des fées, foi de Margot ! n’était à son origine (vers l’an 1000) qu’une simple chapelle.

Le chevet porte le cachet du XIIIe siècle ; le chœur a deux parties très distinctes : le côté des Promenades est de cette époque, la forme des piliers et des arcatures l’indique suffisamment ; l’autre côté, celui du côté de la rue du Val a le caractère du XIVe siècle. Foudroyé en 1447, le chœur fut réparé par le duc François Ier. Jusqu’à la fin du XVIIe siècle, la tour était surmonté d’un clocher couvert en plomb que l’on démolit en 1695. On l’exhaussa (1701) et l’on eut le tort de mutiler, pour donner maladroitement le style Renaissance à cette belle tour du XIVe siècle, les encadrements des baies fouillées d’une façon exquise. Il reste une fenêtre intacte, habilement restaurée par les soins de la Commission historique. On venait aussi d’exhausser (1640-1645) la tour Saint-Jean, mais celle-ci vit rebâtir son clocher, le clocher actuel succédant à une pyramide. Le jubé, chef-d’œuvre de menuiserie et de sculpture (classé à part comme monument historique) a été déplacé et malheureusement utilisé comme buffet d’orgue. L’époque à laquelle il remonte ne saurait être exactement précisée, mais il dû précéder de peu d’années la Renaissance ; les statuettes qui l’ornent sont de petits chefs-d’œuvre. Malheureusement il en manque.

A partir de 1849, on a travaillé à Notre-Dame, consacrée par Mgr David, évêque de Saint-Brieuc, en 1872. Elle l’avait été déjà, au XIIIe siècle, par Guillaume Herno, suivant les uns (Quernest), par Guillaume Pinchon, suivant les autres (de Courcy).

Ont été remis à neuf : la nef et le collatéral sud. Les piliers de la nef ne sont pas tous absolument verticaux ; cela provient de ce qu’on a craint de les déplacer de peur de les altérer. Quant au hors-d’œuvre, la porte ogivale retrouve d’aigle du régime impérial (Napoleone tertio regnante) fantaisie agrémentée d’un clocheton du côté de la vallée, il est archéologiquement décrit par certains Guides dont nous ne suivrons pas les ornières.

Les fortifications (côté nord) ont été restaurées par les soins de la Commission historique. Pour les besoins de ces fortifications, les murs du chevet sont creux à la hauteur du triforium du chœur, et la traversée devant les fenêtres était assurée au moyen de passerelles en pierre. L’une de ces passerelles, appelée « Pont d’Amourette » et donnant sur le précipice de la rue du Val n’a pas été restaurée ; une simple planche sert de passage, tandis que les deux autres, l’une à l’extérieur, l’autre (plus large) à l’intérieur, au-dessus du maître-autel ont été rétablies récemment telles qu’elles étaient autrefois.

Restauré avec soins, le portail en plein cintre, avec chapiteaux ornés de feuilles et de fleurs, accuse l’époque de transition, du XIIe au XIIIe siècle. Au-dessus, sur le mur extérieur faisant face aux Promenades, se lit une inscription rappelant le nom du zélé curé, M. Le Rouillé, promoteur des dernières grandes réparations ; son corps repose du même côté que le chevalier de Lescoët-Bertho et la dame de Hay-Durand, sa compagne, dont les pierres tombales portent les effigies et sont à leurs armes. Le nom du maire, M. Urvoy de Closmadeuc, évoque un autre souvenir cher à Lamballe. Enfin « Eveillard opera fecit » ne permet pas non plus d’oublier le chef de la main-d’œuvre sous la direction de M. l’architecte Guépin. Les dernières restaurations du chevet sont l’œuvre de M. Ballu, architecte en chef des Monuments historiques, et M. Eveillard fils a exécuté, sous sa haute direction, ces savants et intéressants travaux.

Sur les Promenades « du Château » qui s’appellent ainsi, du nom du château dont elles occupent l’emplacement, il y a danses publiques à l’occasion des Courses de Lamballe, pour ainsi dire prédites en la « closerie des Genêts » qui précéda de plusieurs années, au Théâtre, leur première apparition sur les landes de la Poterie. Ces courses durent trois jours. On ne sait quelle fée s’en mêle, mais à en juger par les gaies merveilles de sa baguette, elle est d’une autre humeur que la Margot.

                       

Une pieuse légende rattache la fondation de Notre-Dame à la Vierge miraculeuse dont la statue, trouvée sur le rocher qui sert de base à l’ancienne collégiale, au milieu d’un buisson d’aubépines toujours en fleur, fut portée à l’église paroissiale. Comme elle revenait aussitôt à son buisson, elle manifestait ainsi assez clairement sa volonté de n’en être plus déplacée. On lui éleva donc une chapelle en ce lieu, mais les fées ne se mêlèrent que plus tard de Notre-Dame.

Société d’Emul. des Côtes-du-Nord, Légendes locales de la Haute-Bretagne, par Paul Sebillot. — Saint-Brieuc, F. Guyon, 1886.

Société d’Emul. des Côtes-du-Nord, Légendes locales de la Haute-Bretagne, par Paul Sebillot. — Saint-Brieuc, F. Guyon, 1886.

Lamare. — Histoire de Saint-Brieuc. — Société d’Emul. des Côtes-du-Nord. Saint-Brieuc, F. Guyon, 1884.

Saint-Brieuc, chef-lieu du département des Côtes-du-Nord (19,948 habitants). — Comme curiosités briochines, en outre de la Fontaine Notre-Dame, signalons la Cathédrale (Monument historique), l’hôtel de Rohan, d’anciennes maisons (XVIe siècle) avec sculptures en bois, rue Saint-Jacques, le vieux quartier Fardel, et aux environs, en Langueux, la Colonie de Saint-Ilan, fondée en 1843. — Saint-Brieuc est à 27 kilomètres du Val-André.

C’est à l’obligeance de M. Marie Eveillard, le distingué entrepreneur de travaux publics lamballais, que nous devons ces détails inédits.

Ces fortifications « échauguettes et parapets » datent de Charles de Blois (A Vol d’Oiseau).

Les arcades en ogives du chœur, aux colonnettes multiples, sont toutes dissemblables ainsi que les galeries du triforium, simples à droite, doubles à gauche. — Plusieurs des statues de Notre-Dame proviennent de Saint-Aubin : de ce nombre est celle de la Foi, une foi tout à fait robuste, au bas de l’église (vers la ville). La pyxide qu’elle tenait et qu’elle ne tient plus lui donne une attitude inexplicable.

La nouvelle sacristie accolée à l’église, au nord, du côté du souterrain, remplace très heureusement une affreuse verrue. Cette sacristie a été bâtie sur les plans de M. Ballu.

Lamballe n’a pas que ses courses. Il y a aussi son pardon. Le 11 juillet de chaque année se célèbre, à St-Jean, la fête de saint Amateur. Saint Amateur ? … c’est du moins ce nom sous lequel on invoque le saint dont le martyr ne fait aucun doute. Ses reliques furent obtenues de Clément XIII, en 1761, par le R. P. Aimé (Bascher de la Villéon), né à Bréhand entre Lamballe et Moncontour, général des Capucins, et le premier religieux français de l’Ordre, promu à cette dignité.

La Poterie, qui tire son mon des potiers dont se compose presque exclusivement sa population, est une commune de 720 habitants (à 3 kilom. de Lamballe). Entre Lamballe et la Poterie : le château de la Moglais. On a dansé dans son avenue, après les courses, mais on a fini par revenir danser sur les Promenades. Ce fut dans ce château que fut écarté Lasne, le futur gardien de Louis XVII, au Temple, mais il faut dire que si le marquis de la Moussaye, le châtelain, alors lieutenant aux Gardes françaises, avait appelé vers lui son sergent, il avait compté sans la marquise, trop au fait des galanteries proverbiales de ces militaires laisser pénétrer le loup dans sa bergerie. N’ayant rien de mieux à faire, le sous-officier utilisa son séjour à Lamballe où son lieutenant le logea, en cultivant la peinture et en apprenant aux vulgaires barbouilleurs de la localité que l’huile d’olive est l’huile des salades et des sauces, non du pinceau. (V. M. de Beauchesne, — Louis XVII, tome II, p. 292. – Plon, Paris 1868). — La pension de Lasne, à Lamballe, lui revenait, logement compris, à 12 sous par jour. (Un Trou pas cher).

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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 12:23

CHAPITRE IX

Droits et Fondations, à Lamballe, des maisons de la Motte-Vaucler et Tournemine de la Hunaudaye

L’une des premières fondations pieuses de Lamballe, que nous allons voir s’enrichir d’une donation d’Olivier du Vaucler, Saint-Martin, remonte au XIe siècle. En 1083, Geoffroy de Penthièvre gratifia le grand monastère de St-Marlin de Tours de Saint-Martin de Lamballe avec son territoire, comprenant le faubourg de ce nom, des jardins et une partie de la vieille ville ; il ajouta au « terrouër » des droits de pêcheries et de moulin sur le Gouëssant. Un des vitraux (modernes) de l’église rappelle la fondation du comte Geoffroy. Plusieurs de ses statues sont attribuées à Corlay (de Châtelaudren). Le style de la nef de l’église de Saint-Martin se rapporterait bien, comme nous l’avons dit « A Vol d’oiseau », au XIe siècle, date clé sa fondation. La charpente du porche fut refaite au XVIe siècle (une inscription le constate).

Ce fut en 1378 qu’Olivier II du Vaucler, chevalier, donna au « moustier et église de Saint-Martin » le « terrouër de la Garde de Lamballe, ès quels champs et terres, la foire aux chevaux, vaches, pourceaulx et aultres bestes estre accoustumé estre, par chascun an, a la feste de saint Denys et le lendemain. Et comme la foire, des dictes bestes se poursuit sur les champs et terres joignant d’une part les murs et hébergement des dicts religieux et d’aultre part l’ève (eau) du russel (ruisseau) qui descend du moulin de Quincampoix (moulin de la ville) au moulin du Prieuré de Saint-Martin de Lamballe, plus quatre tonneaux de froment, rente de dixme, chascun tonnel contenant douze perrées de la mesure de Lamballe, pour fondation d’une messe ô notes (avec chants) en la chapelle du Chapitre et en la segrestennerie où sa mère est ensepulturée.

En 1317, le Pape Jean XXII avait consacré la conversion du monastère des Frères de la Pénitence, dits Sachets, en couvent d’Augustins, à la requête de Jean III de Bretagne.

Olivier de Tournemine, seigneur de la Hunaudaye et sa femme, Isabeau de Machecoul, sont (1337) les fondateurs de la chapelle des Augustins « l’Ave Maria » dont une rue de Lamballe porte encore le nom.

En cédant à messire François-Louis-Xavier Visdelou, chevalier seigneur de Bienassis, comte de la Villethéart les « traits et cours de dixme qui dépendaient de la seigneurie du Vaucler en la Bouillie », le baron de la Hunaudaye met à sa charge une rente annuelle de 48 perrées de froment due aux R. P. Augustins de Lamballe, « sans que, sous ce prétexte, ledit seigneur acquéreur puisse prétendre aucun droit honorifique soit de chapelles, prières, services et messes dans l’église et couvent desdits religieux, tous lesquels mon dit seigneur de Rieux se réserve pour lui et les siens comme étant de fondation de ses ancestres, etc. » (Même projet de contrat que celui cité aux Chapitres IV, V et VII).

Sur l’emplacement de ce qui fut le couvent de ces moines dispersés à la Révolution, à l’endroit occupé naguère par les ruines du monastère et de sa chapelle qui, à la suite de miracles opérés, eut ses fervents, s’élèvent le Tribunal de paix, l’Ecole communale primaire et la Poissonnerie.

Parmi les souvenirs que nous ont laissés les Augustins, il en est un qui se rattache à la fondation, à Lamballe (1661), de l’Ordre religieux hospitalier de Saint Thomas de Villeneuve. L’inspirateur et le premier directeur des dames fondatrices fut le R. P. Ange Le Proust, supérieur de ces moines réputés pour leur bienfaisance.

Archives départementales. — Registre des Augustins.

Le Père Ange eut pour contemporain le savant auteur des « Origines Armoricaines », l’abbé Gallet, né à Lamballe en 1647, mort en 1726. — Ses notes sont employées par Dom Morice (Hist., ecclés., tome I, in fine).

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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 12:23

 

CHAPITRE X

I

Lamballe sous la Ligue
Raisons de voisinage, fatales aux Royaliste, de la Hunaudaye et du Vaucler

Lorsque survint la Ligue, Lamballe dont les fortifications avaient été plusieurs fois démolies puis rebâties depuis quatre siècles qu’elles existaient, était encore une forteresse redoutable dont il ne reste d’autres traces que celles de Notre-Dame, objet d’une récente et intelligente restauration. Sous Richelieu, on acheva de raser à peu près tout ce qui subsistait du château et des remparts. Ne fut épargné que ce qui faisait corps avec l’église.

Il ne faudrait pas croire, par exemple, que l’épaisse maçonnerie appuyant le rocher « du côté du précipice », comme on le disait déjà au XVe siècle, soit une restauration des remparts de la vieille forteresse. Malgré l’air batailleur qu’elle se donne, cette muraille entièrement neuve (1874-1885) n’a aucune alliance avec le passé guerrier. Elle a le tort d’avoir confisqué le pittoresque au profit de la solidité. A pic sur le roc que des carrières trop longtemps exploitées avaient imprudemment miné, Notre-Dame avait auparavant une hardiesse de citadelle que l’architecte moderne lui a fait perdre.

Au siège de Lamballe (1591), le célèbre La Nouë, Bras-de-Fer, qui était à l’armée du prince de Dombes, avait émis l’avis d’en suspendre les opérations, l’artillerie des partisans du Roi étant par lui jugée insuffisante. Telle ne fut pas l’opinion des sires de la Hunaudaye et du Vaucler, intéressés à ne pas voir ainsi s’éloigner leurs alliés : « Messire de la Hunaudaye pressoit tort qu’on assiégeât, son chasteau n’estant qu’a deux lieuës de Lamballe, et le marquis d’Asserac faisoit le semblable, du quel le sien estoit aussy à deux lieuës lieues ». Leur funeste avis prévalut.

Bras-de-Fer (c’était le surnom que valait à ce grand capitaine le bras mécanique remplaçant celui qu'il avait perdu en guerroyant), ce « brave homme », disait Henri IV, qui « à lui seul valait une armée », aurait été atteint, suivant la tradition, près de la porte de Bario, en inspectant lui-même, du haut d’une échelle, la brèche que ses canons venaient de pratiquer. Quinze jours après, il expirait à Moncontour où il s’était fait transporter, et tout huguenot qu’il était, il édifia par sa foi profonde les catholiques aussi bien que les protestants. Son médecin se serait obstinément refusé à laisser pratiquer l’opération du trépan : cet entêtement aurait empêché de le sauver.

Lamballe ne pouvait qu’appartenir à la Ligue, le duc de Mercœur (Philippe-Emmanuel de Lorraine) qui en était l’âme ayant épousé Marie de Luxembourg, duchesse d'Estampes et de Penthièvre, née à Lamballe en 1562. Cette princesse descendait de Charles de Blois et de Jeanne Bretagne. La fille unique de Mercœur et de Marie (Françoise), épousa, la Ligue finie, César, duc de Vendôme, fils légitimé de Henri IV.

En outre du célèbre Bras-de-Fer que le Roi avait pleuré, les Royalistes perdirent, en 1592, le sire de la Hunaudaye, René de Tournemine, lieutenant-général de Bretagne, dont la mort précéda de peu de temps celle du baron du Guémadeuc, du même parti, à la suite d’une blessure reçue en 1591 au siège de Loudéac.


II

Le Guémadeuc et Bienassis sous la Ligue

En 1590, les Ligueurs, commandés par le marquis de Chaussin, venaient assiéger le Guémadeuc. Ils ne purent le prendre qu’au bout de quelques heures, bien qu’ils fussent au nombre de six cents et qu’ils eussent deux pièces de canon.

Aussitôt après, ils arrivaient devant Bienassis qu’ils occupèrent aisément et pillèrent. En partie détruit, ce château ne tarda pas à être rebâti, tel qu’il est, par Hyacinthe Visdelou. Il appartient, par conséquent, au XVIIe siècle.

Le 15 mai 1592, le capitaine Quensal, venu du Guémadeuc au secours de Saint-Brieuc menacé parla Ligue, reçut « un pot d’hypocras, 8 de Gascogne , des confitures, quelques pains et des viandes ».

A partir de ce moment-, nous perdons de vue le Guémadeuc et ses renforts, aux temps si troublés de celte guerre civile.

III

Planguenoual sous la Ligue.

En 1597, l’église de Planguenoual fut incendiée, le lendemain de Noël « par les soldats du régiment du sire de Vauvrix, cantonnés à St-Brieuc, Quessoy et Hillion et qui se livraient à toutes sortes de déprédations, maraudant constamment dans les communes d’alentour. Le feu prit à onze heures, et l’on avait entendu auparavant, autour du cimetière, un grand piétinement de chevaux. Le chœur, les lambris, les charpentes, ainsi que les vases sacrés et ornements de l'église, tout fut consumé en moins de trois heures, l’incendie avant été nourri par un vent violent. Le clocher s’écroula avec un fracas épouvantable. Personne ne put entrer dans l’église pour y porter secours, tant la fumée y était intense ».

Cet édifice qui fut alors rebâti est resté à l’état pour ainsi dire provisoire. Sa fondation était fort ancienne : dés 1116, elle figure, avec l’église de Bréhand qui jusque-là avait eu pour recteurs héréditaires de simples laïques, parmi les donations faites par Jean, évêque de Saint-Brieuc, aux Moines de Saint-Melaine.

Mémoires de Jean du Matz.

La porte de Bario, dont une partie avait été entamée en 1844, a définitivement disparu eu 1848. Une autre porte, celle de Saint-Martin par laquelle on passait, en quittant Lamballe avant de prendre la route de Dahouët, existait encore, il y a peu d'années, les derniers vestiges des anciennes fortifications, la tour aux Chouës (chouettes), que l’on apercevait de cette route, à trente ou quarante pas de la porte Saint-Martin, viennent également d’être abattus.

L’un des héritiers de ce grand nom, le vicomte de la Nouë, député des Côtes-du-Nord, habite les Aubiers, ce joli château moderne, aux élégantes tourelles que l'on aperçoit du chemin de fer, à la hauteur d’Yffiniac, vers la mer, en Hillion.

L'ex-comté du Penthièvre , érigé en duché, fut vendu par son petit-fils à la princesse de Conti, puis revendu (1696) à Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse. Le duc de Penthièvre le transmit à sa fille unique, mariée au duc de Chartres, fils du duc d’Orléans. Le nouveau château de Lamballe (l’ancien collège, aujourd'hui l’école primaire supérieure) appartenait encore, sous Louis-Philippe, aux princes de cette maison ; le Roi fit don à la ville d’une dépendance du château, naguère affectée aux sourds-muets, aujourd'hui enclavée dans la propriété de M. de Launay.

Lamare, — Histoire de Saint-Brieuc, Société d’Emulation. — Saint-Brieuc. F. Guyon.

Pendant que les Ligueurs pillaient nos châteaux de Pléneuf, le Guémadeuc et Bienassis, les Royalistes rançonnaient Hillion. Par dévouement pour ses ouailles auxquelles la garnison de Moncontour venait d’imposer des contributions exorbitantes, leur recteur, messire Le Noir de la Villepierre, offrit ses propres biens en garantie, et comme il ne put tout payer immédiatement, il fut emmené « prisonnier » en cette ville où il resta en otage jusqu’à versement de la somme exigée. (Dossier de la Villepierre).

Le Maout. — Annales Armoricaines, p. 123 et 124. — Saint-Brieuc, Guyon, frères et Le Maout.

Ruffelet. — Annales.

Le Prieuré de Saint-Melaine de Lamballe fut lui-même donné, en 1123, par le comte Etienne de Penthièvre, à l’abbaye de Saint-Melaine de Rennes.

 

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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 12:22

CHAPITRE VIII

I

Passé glorieux des Châtelains du Vaucler

Dès 1350, Olivier du Vaucler, chevalier est capitaine gouverneur des « ville et chasteau de Lamballe », dont Jean-Baptiste Le Denais, comte du Guémadeuc, fut le dernier gouverneur en 1766.

En 1459, le due François II envoie une ambassade au Pape afin de négocier avec le Saint-Siège la création de l’Université de Nantes. Parmi les envoyés figure Guyon de la Motte-Vaucler.

Dans les guerres de Bretagne, presque toujours, et jusqu’à la Ligue où les sires du Vaucler et de la Hunaudaye combattent encore ensemble, on rencontre leurs noms. C’est ainsi qu'en 1465, à l’armée des dix mille bretons alliés contre Louis XI, qui arrivaient sous les murs de Paris avec le comte de Charolais, chacun desdits sires commandait une compagnie d’ordonnance. Le Conseil du Roi avait décidé que l’attaque commencerait par les plus redoutables (les Bretons), les Bourguignons devant fatalement suivre les premiers aussitôt qu’ils battraient en retraite. La haine du Roi contre les Bourguignons et Charolais qu’il voulait attaquer d’abord fit échouer ce plan.

                       

C’est sur cet hommage rendu à la vaillance bretonne que nous aurions clos cette ébauche de l’histoire chevaleresque du Vaucler s’il n’avait été habité, de nos jours, par deux hommes de guerre qui, eux aussi, ont eu dans nos fastes militaires et maritimes, de glorieuses pages. L’un n’est autre que le héros d’Inkermann, le général de Lourmel ; le second, son beau-frère, le commandant Danycan, fut un de nos plus brillants capitaines de vaisseau.

II

Souvenir, à Moncontour, de la maison de
la Motte-Vaucler. — Moncontour

De la maison du Vaucler, branche des envions de Moncontour, était Jacques de la Motte, mort en 1531. Ce serait lui, « ce personnage à genoux, présenté par saint Jacques-le-Majeur, appuyé sur un écusson aux armes de la Motte-Vaucler, replacé à rebours », dans la légende de saint Mathurin, Christophe, son fils, serait paiement représenté sur le grand vitrail.

Moncontour ! Si jamais petite ville, en dehors de notre baronnie, mérita notre visite, ce fut celle-ci. A l’intérêt de ses verrières (Monument historique), il faut ajouter celui de son église elle-même. Son architecture, dite « des Jésuites » rappelle l’Espagne, non-seulement par son style et son caractère, mais par la forme particulière de son clocher ajouré. Le dôme principal qui le termine est accompagné de quatre clochetons, à dômes également ; le tout donne l’impression de l’au-delà des Pyrénées, presque du mauresque. A l’intérieur, les boiseries à bouquets et à personnages, peints dans le goût Louis XVI sont fort appréciées : elles sont du peintre lamballais Guernion. Le maître-autel (époque Louis XV), en marbres rares alternant de couleurs, provient d'Italie ; les connaisseurs le considèrent comme étant de grande valeur artistique.

Dans la ville, à la Communauté de la Providence, on voit encore les bases énormes de l’ancien château-fort. Au-dessus sont les jardins des Religieuses. C’est au siège de ce « Chasteau et forteresse pris par subtilz moyens à la vroye et loyalle subjection » que s’était distingué, sous le souverain breton François II, Tournemine de la Hunaudaye.

Moncontour où l’on frappa jadis monnaie et qui était une des citadelles de Penthièvre est un chef-lieu de canton (1,308 habitants). Déjà, de cette ville, la vue embrasse au loin les campagnes de Lamballe à Saint-Brieuc, mais c’est bien autre chose quand de ce point déjà élevé du Menez, on est parvenu à Belair (340 mètres d’altitude). Par un temps clair, cette vue s’étend de Fréhel au commencement des côtes de Normandie.

Le pardon de saint Mathurin (lundi de la Pentecôte), où l’on se décore à bon marché (s. g. d. g) de la médaille du Saint, est aussi connu sous le nom de fête des Granges, à cause des danses qui ont lieu sur la pelouse de ce château.

Dom Morice, tome II, page 71.

Olivier de la Marche (Chap. 35).

Un enfant de Saint-Malo-Saint-Servan. — Vie d’Eugène Danycan, capitaine de vaisseau. — Rennes, Oberthur, 1894.

M. de Courcy. — Itinéraire historique et descriptif de Rennes à Brest et à Saint-Malo. — Paris, Hachette.

Ces détails techniques sont dus à l’obligeance de M. Eveillard, entrepreneur de travaux publics à Lamballe, Officier d’Académie.

A 15 kilomètres de Lamballe. On peut s’y rendre directement de Pléneuf, mais c’est deux fois plus loin.

Ce fut là que mourut, sous la Ligue, le célèbre capitaine La Nouë (Bras-de-Fer).

Patrie du jurisconsulte François Douaren (XVIe siècle). A Moncontour est mort le premier Président vicomte de Bigorie de Laschamps, le chef de notre magistrature d’Alsace qui maintint si haut et si ferme, jusqu’au bout, le drapeau de la justice française en face de l’envahisseur.

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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 12:21

CHAPITRE VII

I

Fusion des Maisons de la
Hunaudaye-Vaucler et de Rieux

Le Château du Vaucler

Ce fut par leurs alliances avec les seigneurs du Vaucler que les comtes de Rieux héritèrent de la Hunaudaye.

« Les branches aînées des Tournemine s'étant éteintes, Jeanne de la Motte-Vaucler, dame de la Hunaudaye du chef de Catherine de Tournemine, sa mère, porta cette terre dans la maison de Rosmadec ». Nous avons déjà vu (Chap. III) qu’à son tour, Catherine de Rosmadec, fille de Catherine de Tournemine, la transmit à celle de Rieux.

Parlons d'abord du château du Vaucler ; viendra ensuite l'histoire de ses châtelains, dignes à tous égards comme à toute époque, de la place d’honneur que nous leur réserverons.

Plus heureux que le Guémadeuc dont il ne reste plus une muraille, le Vaucler a été cependant mutilé à diverses reprises. Il ne lui reste plus qu’une tour, et sa charpente a été en partie abaissée ; mais si amoindri qu’il soit, ses douves et ses étangs comblés, il ne présente pas moins de respectables vestiges de sa vieille origine. Les fenêtres de sa façade, prés du toit, aux armoiries de leurs anciens propriétaires, et son pignon avec pierres sculptées en bordure lui ont conservé son caractère seigneurial.

Nous avons déjà donné les armoiries des Tournemine de la Hunaudaye. Les sires du Vaucler (de Rieux d’Asserac) portaient ; « d'azur à dix besans d’or, 4, 3, 2, 1 ».

Le Vaucler, qui s’orthographie aujourd'hui Vauclair a pour étymologie les deux mots latins : « Vallis clara, le Val illustre ». Les armes qui marquent au front le noble vieillard sont comme un sceau indélébile que la caducité ne saurait lui faire perdre.

II

La Chapelle Saint-Jacques inféodée au Vaucler

Un Aveu de 1554 reconnaît au sire du Vaucler, en outre des droits de bouteillage et « aultres droicts de fondation », celui de visiter et étalonner les mesures « à l’Assemblée qui se tient le dict jour de Saint Jacques », autour de la chapelle.

Le 15 juin 1569. la veuve du sire de la Motte, seigneur du Vaucler, est Catherine de Tournemine qui, en sa qualité de tutrice de ses enfants mineurs, rend aveu à la seigneurie de Penthièvre pour partie de la terre du Vaucler. Elle s’inféode des « droicts d’enfeux, sépultures, chapelles, armoiries, tombeaux, bancs, lisières et aultres droicts dans la chapelle Saint-Jacques ».

Comme en l’église de Saint-Alban, il y eut lutte de prééminences et de droits de fondation entre le comte de Rieux et le comte de la Marck.

Dans ce procès, les témoins déclarèrent que l’écusson « d’argent à trois barres de gueules engreslées » qui étaient les armes pleines du Vaucler avaient autrefois existé au-dessus de la principale vitre du maître-autel de ladite chapelle ; que « le cep et collier » de la seigneurie du Vaucler était placé de temps immémorial près de la porte de la chapelle ; enfin que les « Plaids » généraux de la juridiction du Vaucler se tenaient tous les ans, et sans assignation, près de ladite porte, la veille du jour saint Jacques, patron de ladite chapelle.

Contre ces prétentions, le seigneur de Bienassis n’avait à faire valoir qu’un mandement de l’Official de Saint-Brieuc du 26 août 1484 et un procès-verbal d’août 1526, réservant en sa faveur certains droits de chapellenie et de fondation, à Saint-Jacques, de quelques messes.

En 1785, les choses ont changé, M. Jehannès du Haut-Champ, régisseur de Bienassis, s’occupe à la fois de faire ériger la chapelle Saint-Jacques en succursale, et de faire payer par les vassaux de Pléneuf les « rachapts non acquittés » au comte de Rieux, vendeur. (Lettre au Prieur du Saint-Esprit).

Le projet dressé par M. Minet, à l'occasion de cette vente à messire Visdelou comprenait : 1° un fief de haute justice, en la paroisse de la Bouillie, nommé le baillage de la Hunaudaye ; 2° le baillage de Montafilant (même paroisse) ; 3° le baillage du Vaucler (même paroisse) ; 4° le droit aux foires et marchés du Chemin-Chaussé, c’est-à-dire seulement « du coté de la Bouillie, dans la Rue du Chemin-Chaussé » ; 5° en la paroisse de Saint-Alban, le baillage du Vaucler et de Horiolo, y compris « les droits de fondation de l’église paroissiale de Saint-Alban, tels qu'ils sont reconnus par la transaction passée avec M. le prince d'Aremberg, ainsi que les droits sur la chapelle Saint-Jacques ».

Celte chapelle serait contemporaine de la cathédrale de Saint-Brieuc et remonterait comme elle au XIIIe siècle. C’est ainsi que l’on explique son inachèvement, le grand édifice diocésain que Guillaume Pinchon s’était promis de bâtir ayant absorbé toute autre préoccupation. D’après une légende qui ne vaut pas moins que cette tradition, un seigneur revenant d’Espagne où il avait, à la suite de Du Guesclin, guerroyé contre Pierre-le-Cruel, aurait fondé St-Jacques de Saint-Alban et l’aurait dédié au patron de Compostelle, en exécution d'un vœu.

Le porche, véritable bijou, se compose d’une série d’arcades en ogives, et les gracieux faisceaux de colonnettes qui les supportent, avec corbeilles de fleurs pour chapiteaux, témoignent de l’habileté de l’artiste domptant le dur granit jusqu’à le forcer à s’épanouir.

III

Droits de Foire et de Justice du Vaucler,
à la Chapelle Saint-Jacques

Dés 1436, le Vaucler jouissait d’un droit de foire à la chapelle Saint-Jacques. Le 24 mai de cette année, des lettres-patentes de « Jehan, duc de Bretagne, seigneur de Penthièvre », concédèrent à Guyon de la Motte, seigneur du Vaucler, « droict de foire en la dicte chapelle estant ès fiefs du dict seigneur du Vaucler, pour en jouir luy et ses successeurs, avec coustumes, devoirs, amendes et aultres droicts ».

Aux termes de l’article 33 de la Coutume de Bretagne, les seigneurs, qui n’étaient que moyens et bas justiciers ne connaissaient que des querelles n’entraînant point effusion de sang. Les rixes sanglantes étaient déférées aux justices supérieures.

Plusieurs de ces seigneurs qui avaient droit de foires et de marchés étaient, comme le sire du Vaucler par exemple (à Saint-Jacques) et le baron de la Hunaudaye (à Montbran), hauts justiciers. Quand le droit de foire, comprenant taxe au profit du maître mais avec devoir de police à sa charge, dépendait d’un seigneur n’ayant pas haute juridiction, si les sujets capturés appartenaient à une autre justice ou s’il y avait effusion de sang, on ne pouvait les garder que vingt-quatre heures en prison, sauf à en référer à qui de droit.

Dans le procès de 1746, les témoins déclarèrent, nous l’avons vu, que les Plaids généraux de la juridiction du Vaucler se tenaient tous les ans, et sans assignation, et que de temps immémorial, le cep et collier était placé près de la porte de la chapelle.

Une bête poursuivie par les chiens, et qui a la prétention d’être un loup est sculptée sur le mur extérieur de ce « cep et collier », à côté du porche. Le fauve, pourchassé par la meute, autrement dit le voleur ayant à ses trousses les gens de justice, est une allégorie qui vaut bien la balance-enseigne du Tribunal de paix de Pléneuf, à l’équilibre subordonné au plus ou moins de coup d’œil de l’artiste chargé de dessiner l’emblème.

Ruffelet. — Annales.

Cette dépendance de la maison de Rieux est venue aux propriétaires actuels par héritage de leur auteur, M. Minet, l’honorable régisseur du château de lu Hunaudaye.

A 6 kilomètres du Val-André.

Analyse des titres produits au procès pendant entre le comte de Rieux et le comte de la Marck.— Rennes, Vatar, 1746.

Analyse des titres produits au procès pendant entre le comte de Rieux et le comte de la Marck.— Rennes, Vatar, 1746.

De la Motte-Vaucler.

Analyse des titres produits au procès pendant entre le comte de Rieux et le comte de la Marck.— (Rennes, Vatar, 1746).

Voir au Chapitre IX les réserves de ce projet, relatives aux fondations des Augustins de Lamballe.

Analyse des titres, etc. (1746).

Etaient comme eux hauts justiciers, les seigneurs du Guémadeuc (Pléneuf) et de Bienassis (Erquy). — Ruffelet. Annales.

Au nombre des moyennes justices, à titre d’exemples : la Villemen, Ie Hourmelin, le Val, en Planguenoual (Ruffelet).

Cep, en vieux français veut dire fers (prison).

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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 12:20

CHAPITRE VI

I

Droits, à Saint Alban, des sires de Montafilant

Un aveu, rendu à Lamballe en novembre 1570 pour les seigneuries de la Hunaudaye et de Montafilant, par « René de Tournemine, chevalier de l’Ordre du Roy, baron de la Hunaudaye, sire de Montafilant », inféode la seigneurie de Montafilant de la proche mouvance, dans toute l’étendue de plusieurs paroisses, au nombre desquelles figure Saint-Alban.

Saint-Alban est une commune de notre canton, à 3 kilomètres de Pléneuf. C’est du haut de la côte en face, avant d’arriver à la chapelle Saint-Jacques, qu’il faut voir ce bourg si pittoresquement groupé autour de son église, au-dessus de sa vallée profonde, boisée et verdoyante que fertilise un ruisseau. Il n’y a pas de clocher à Saint-Alban, mais la campane n’attire pas la foudre, ce qui est au moins un avantage dû à sa modestie, et le tout a ce bon petit air vieillot qui ne le ferait pas renier par saint Guillaume.

Au point de vue paroissial, ce n’est de Pléneuf que dépend cette commune, le coq du clocher de Pléneuf dût-il, un jour, insulter, du haut de son perchoir, à la rustique campane ; n’en déplaise aux ambitions de village : la cure du canton est ici.

La route que descend en ligne droite à la vallée pour remonter vers Saint-Jacques est un tronçon de l’ex via calcata, la voie passant au Chemin-Chaussé.

De temps immémorial, on gardait en l’église de Saint-Alban l’étalon de mesure à blé. Cet étalon ayant été déplacé et transporté dans un cimetière, il fut, sur réquisitoire, reporté à l’église, procès-verbal ayant été préalablement dressé à cet effet par les officiers de la juridiction de Montafilant, siégeant au Chemin-Chaussé. Le recteur allégua pour sa défense que le déplacement de la mesure n’avait été opéré qu’à raison des réparations de son église, « ce qui fut signé de lui, du juge et du greffier ».

En novembre 1575, un second aveu, au même titre et sur le même objet que celui de 1570, est rendu par René de Tournemine, s’inféodant de la proche mouvance en la paroisse de Saint-Alban, avec haute justice, autorité, puissance, toutes prééminences et « prérogatives tenant au seigneur baron et châtelain, suivant la coustume ».

Ce ne fut point sans lutte que les successeurs de René jouirent de leurs prérogatives de « baron et châtelain » en l’église de Saint-Alban.

Par sentence du 27 mai 1737, les juges de la Réformation de Lamballe ayant maintenu dans ses prétentions de « fondateur » le comte de la Marck, aux droits de la maison de Visdelou, appel en fut fait au nom du comte de Rieux (1746), par ce motif, disait-on, que la fondation d’une église appartenait de plein droit au seigneur haut-justicier dont le fief était le plus proche, ce qui était le cas du baron de la Hunaudaye, sire de Montafilant, et nullement celui du sire de Bienassis.

Le privilège d’écusson que ce dernier invoquait n’aurait été, plaidait-on encore, qu’une concession du Général des paroissiens aux auteurs du comte de la Marck, moyennant 3 sols de rente que la fabrique continuait de percevoir.

Ce procès se termina par une transaction avec le prince d’Aremberg qui avait épousé Louise-Marguerite de Bienassis, fille de messire de la Marck. Nous en reparlerons (Chapitre VIII, II) au sujet des contestations entre les mêmes parties et à l’occasion des mêmes droits à la chapelle Saint-Jacques.

II

La Foire aux Chats

Le premier lundi de septembre, il se tient, « proche de l'église » une foire, dite la Foire aux Chats, ainsi dénommée, disent les chroniques, parce que longtemps on n’y vit pas un chat. Cette innocente plaisanterie ne s’appuie ni sur l’histoire, ni sur l’absence ou la présence des félins, ni sur son nom véritable, qui est : « Foire aux Chairs » ; mais laissons-la s’appeler comme c’est aujourd'hui d’habitude...... la Foire aux Chats !

La première fois que nous en trouvons mention, c’est dans un Minu du mois de juin 1469. Dans ce Minu, fourni à la seigneurie de Montafilant, il est question déjà de la Foire aux Chairs « tenue tous les ans au bourg de Saint-Alban » (1er lundi de septembre).

En juillet 1738, un aveu est rendu par le comte de la Marck à la seigneurie de la Hunaudaye et Montafilant, par lequel il déclare tenir de ladite seigneurie « la foire appelée vulgairement la Foire aux Chairs, qui se tient tous les ans au bourg de Saint-Alban, le premier lundy de septembre, dans une place qui entoure l’église et le cimetière, droict de foire qu’il reconnaît ne lui appartenir qu’à raison de l’acquest que ses autheurs en ont faict en 1601 du sire de la Villéon qui la tenoit prochement de la dicte seigneurie de Montafilant, et qui, par la vente qu’il en a faicte, a chargé messire Visdelou de la Goublaye de la tenir de même ».

11663 habitants.

Minu fourni, en 1469, par le sire de Montafilant.

Procès-verbal du 14 janvier 1648.

La verrière du maître-autel de l’église de Saint-Alban serait du XVe siècle ; elle représente la Passion. L’écusson de la grande vitre appartenait à Raoul de Rochefort, seigneur de Rigourdaine et de Saint-Ké ; les bancs et enfeux se partageaient entre les seigneurs des Salles, de la Houssaye et de Mauny (Comptes de la Fabrique de Saint-Alban, 1530, 1539 et 27 mai 1729). Quelques écussons sur le mur extérieur (côté midi), derniers souvenirs des nobles seigneurs de la paroisse, ont échappé au marteau des restaurateurs successifs de la vieille église. Quant « au portail sculpté fermant une chapelle du XIIIe siècle », nous étonnerons le même Guide dont nous relèverons les illusions à propos des ruines du Guémadeuc (Chapitre XIV) en lui apprenant que c’est à St-Jacques, non dans l’église, qu’il faut aller le chercher.

Cette maison, non moins distinguée par ses alliances que par ses services et son origine chevaleresque, et dont était le chancelier de Bretagne, Jacques de la Villéon, sénéchal de Rennes, qui succéda (XVe siècle) à François Chrestien vicomte de Tréveneuc, est encore représentée, à Saint-Alban même, par le comte Joseph de la Villéon : elle possédait, dès le XVe siècle, plusieurs des principaux fiefs en cette paroisse, à Planguenoual, à Hillion, etc.

Mémoire de 1746.

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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 12:19

CHAPITRE V

I

Le Chemin-Chaussé, siège de juridiction
de la Hunaudaye
« pour les paroisses éloignées de Plancoët »

La justice se rendait au Chemin-Chaussé au nom de « haut et puissant seigneur, monseigneur le baron de la Hunaudaye ». Dans les contrats, dans les jugements rendus, ce minuscule siège de juridiction était pris tellement au sérieux qu’on le qualifiait de ville, ni plus ni moins que Montbran.

Or, ce n’était « à proprement parler qu’une rue (comme aujourd’hui), cette rue séparant les paroisses de la Bouillie et de Hénansal. Le Chemin-Chaussé a néanmoins toujours porté le nom de ville, quoique bien des hameaux auraient plus d’apparence, si l’on n’y voyait pas trois ou quatre enseignes de cabaret qui sont saillantes sur la rue. C’est le siège de la juridiction de la Hunaudaye pour les paroisses qui sont trop éloignées de Plancoët, et il y a un auditoire qu’on peut véritablement appeler rustique ».

Il faut lire les lettres de Mme de Châteaubriand qui venait d’être jugée (1785) par le tribunal « rustique » du Chemin-Chaussé, au vicomte de Rabec son acquéreur, pour voir comme, à cette époque, les plaideurs malheureux se gênaient peu pour maudire les magistrats « ignorants ». Tout rustique cependant qu’il était, ce tribunal comportait un juge, un procureur fiscal et un greffier. Une de ses feuilles d’audience (17 décembre 1787) constate que, ce jour, « le procureur fiscal est absent, son substitut présent », et que siège « le lieutenant et unique juge d’icelle juridiction ».

Il y avait aussi à faire valoir des droits de fondation en l’église de la Bouillie, avec les « patronage et présentation » en la chapelle du Chemin-Chaussé, tous droits que le comte de Rieux abandonnera au comte de la Villethéart.

Ce qui pourrait à la rigueur justifier les prétentions de ville de notre petit chef-lieu judiciaire, ce sont les découvertes que l’on y a faites de nombreuses monnaies romaines, indices du centre présumé populeux que traversait le Chemin-Chaussé (via calcata) dont ce village a gardé le nom. En 1825 et 1847, des trinaires de Constantin ; en 1850, des pièces de Maximin ont été trouvées aux alentours.

II

Saint Guillaume et la Légende du Chemin-Chaussé

Sur la route de Pléneuf à Saint-Alban, à gauche de la côte que l’on gravit au pas avant ce dernier bourg, on aperçoit sur l’autre versant une toute petite chapelle, sorte de monument funéraire, comme on en voit tant dans nos cimetières. C’est sur ce riant coteau que naquit le futur évêque de Saint-Brieuc, Guillaume Pinchon (Saint Guillaume), mort en 1234.

Une légende veut que le saint, revenant de Matignon, demandât l’hospitalité au Chemin-Chaussé. On ne voulut l’y recevoir que moyennant paiement. Les prétentions de l’hospitalité demandée de porte en porte dépassant les ressources de sa modique bourse, le saint dut laisser son bréviaire en gage, mais en avertissant les habitants du Chemin-Chaussé qu’en punition de leur manque de charité, les murs de leurs maisons ne pourraient tenir debout.

De la, il se rendit à l’hôtellerie Abraham, en Saint-Alban, où ses compatriotes, auxquels il ne se fit pas tout d’abord reconnaître (il faisait nuit), l’accueillirent et l’hébergèrent sans plus se préoccuper de rémunération. Leur générosité reçut sa récompense.

A partir de cette époque, le Chemin-Chaussé a cessé d’être ville, les maisons s’écroulent à mesure qu’on en bâtit. C’est le contraire à Saint-Alban ; les plus vieilles constructions restent intactes, comme pour témoigner du miraculeux contraste.

A 14 kilomètres du Val-André. – Montbran, en continuant la même route, 18 kilomètres.

Notes de 1781. — Curieux logis à visiter, en face de l’ancien auditoire que l’on m’a désigné, au Chemin-Chaussé, sous le nom d'ex-Justice de paix. Cette vieille construction (XVe siècle) à la façade ornée de pierres ciselées parmi lesquelles nous avons cru reconnaître une potence, emblème de la haute justice. A l’intérieur, très délabré, rien à voir si ce n’est une cheminée supportée par deux colonnettes en granit, du même style que celles de la Hunaudaye, avec écusson dont les armoiries ne se distinguent plus.

La Bouillie (canton de Matignon), 854 habitants. Une tour, en forme de phare, domine le bourg et les terres du comte de la Villethéart auquel elle appartient. Du haut de cet observatoire, la vue doit être fort belle et embrasser l’horizon du Cap à Saint-Malo.

Une croix de fer au-dessus d’une grange, dépendance d’une ferme, à gauche de la route avant d’arriver au château de la Motte-Rouge, marque l’endroit où s’arrêta le saint. Deux portes, dont l’une au large cintre, auraient appartenu à la vieille hôtellerie.

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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 12:17

FIEFS REUNIS

Hunaudaye, Plancoët et Montafilant

ORDRE ET DIVISION DU TRAVAIL

« J’ai faict icy un amas de fleurs étrangères, n’y ayant fourny du mien que le mince filet à les lier ».

« Montaigne »

Avec le château, y compris les droits de guet et de garde, les fiefs de Pléven et de Plédéliac et la forêt de la Hunaudaye, le vaste ensemble de la baronnie se composait : 1° des fiefs primitifs ; 2° de la châtellenie de Plancoët (Montafilant, Corseul, etc.) ; de Montbran et de sa foire, relevant de la châtellenie ; 3° du Chemin-Chaussé avec sa juridiction « sur les paroisses trop éloignées de Plancoët » ; 4° de droits de fondation et d’inféodation, à cause de Montafilant, sur Saint-Alban (son église et sa foire) ; 5° de droits de fondation et d’assemblée avec juridiction du Vaucler, à Saint-Jacques ; 6° des fiefs en Planguenoual, Pléneuf, Erquy et autres paroisses justiciables du siège du Chemin-Chaussé.

Tel sera l’ordre que nous suivrons dans la division de notre travail et que nous n’interromprons qu’en faveur de Lamballe, trop mêlé à l’histoire de nos châteaux pendant la Ligue pour que nous nous contentions d’avoir effleuré sa tour et ses clochers, du bout de l’aile, dans notre « Vol d’Oiseau ». Les sires de la Hunaudaye et du Vaucler avaient, en cette ville, leurs tombeaux en la chapelle des Augustins, une Abbaye de Saint-Denis de baronnie.


CHAPITRE IV

I

La châtellenie de Plancoët,
Annexe de la Hunaudaye

« Plancoët est une petite ville très longue, coupée par la rivière d’Arguenon, et dont partie est dans la paroisse de Corseul (Evêché de Saint-Malo), terminée de ce côté par la maison des Jacobins de Nazareth, fondée en 1648 par la dame de la Hunaudaye ».

Cette description, donnée au siècle dernier par le mandataire du comte de Rieux demande à être rectifiée et complétée. Il n’y a plus d’évêque à Saint-Malo, et Plancoët, qui est de l’arrondissement de Dinan, est soumis à l’autorité épiscopale de Saint-Brieuc. C’est un chef-lieu de canton, un port, toujours une petite ville, bien que sa population ne dépasse pas 2,215 habitants. Elle a perdu ses Jacobins, tout en conservant Nazareth ; en revanche, elle a le chemin de fer, et c’est une station entre Lamballe et Dinan.

Une grande route, ouverte en 1772, part de Lamballe, passant par Plancoët, pour aboutir à Saint-Malo.

Cette ville était, avant la Révolution, un centre judiciaire assez considérable, vu le nombre de paroisses en ressortissant. Son greffe était même « de très bon rapport » pour le baron de la Hunaudaye, ainsi que les notes de 1781 en font foi.

Le château de Plancoët fut rasé en 1389 par ordre du duc de Bretagne. Avant 1750, on voyait encore une tour carrée qui devait défendre le passage de la rivière.

Les navires qui descendaient l’Arguenon étaient astreints, vis-à-vis du châtelain, au « devoir de quillage et de bienvenue », dont le montant s’évaluait à 5 sols par chaque bateau entrant en rivière et 4 deniers par tonneau de blé, vin et cidre chargé ou déchargé à Plancoët.

Il y avait aussi ce qui s’appelait « l’Aventure de mer » et ses petits profits : « espaves, bris de navires eschouant le long des paroisses de Pluduno et de Saint-Lormel ». A la cuisine de la baronnie étaient expressément réservés les « Esturgeons et aultres poissons dicts royaulx » des pescheries de ses rivages.

Ce fut sur les bords de l’Arguenon où les Anglais attendaient, la nuit, que la marée baissât pour le traverser à gué, que s’embusqua l’intrépide Rioust des Villaudrens, à la tête des paysans de ses terres et de quelques voisins accourus à son aide. Faisant le coup de feu avec eux, il arrêta la marche de l’ennemi qui se croyait attaqué par des forces sérieuses. Grâce à ce retard, les troupes du duc d’Aiguillon arrivèrent à temps pour vaincre à Saint-Cast (11 septembre 1758).

Les habitants des paroisses sujettes au « Guet maritime », c’est-à-dire situées à moins de deux lieues du rivage, étaient tenus, s’il y avait guerre ou crainte de corsaires, de s’équiper et armer à leurs frais. Et M. de la Lande, dans sa très intéressante brochure sur la Défense des Côtes de Bretagne, nous apprend que le service de garde-côtes s’étendait aux signaux de falaises : fumée le jour, feu la nuit.

II

Montafilant et Corseul, dépendances de Plancoët

Montafilant était une antique bannière de la châtellenie de Plancoët. Les sires de Dinan l’avaient donné à l’un de leurs cadets. Cette branche de la maison de Dinan s’éteignit à la mort de Françoise, mariée en premières noces à Gilles de Bretagne et en secondes noces à Guy, comte de Laval.

Tout l’intérêt de Montafilant est dans son histoire, car ses tours ou plutôt ses fractions de tours croulantes nous font tristement songer à ce que deviendra la Hunaudaye dans un avenir plus ou moins prochain.

En 1781, « deux des grandes tours étaient encore entières. Il y avait des demi-tours défendant l’approche des souterrains dont on ignorait la direction ».

Sans nous attarder davantage à Montafilant, que recouvrent le lierre et la ronce, cette couronne mortuaire des ruines tressée par la nature comme pour rendre moins laid l’abandon des hommes, n’oublions pas que nous sommes au pays des Curiosolites, dont Corseul fut la capitale.

Non loin de Montafilant, un champ a conservé, de même que le ruisseau voisin, le nom de Cambœuf (campus bovis). C’était en ce champ du bœuf que les Romains avaient leur parc à bestiaux, car, après les Curiosolites, ce fut au tour des Romains d’être les maîtres de la contrée. Ce qui prouve leur long séjour à Corseul, c’est tout ce que l’on y a trouvé en monnaies, poteries, statuettes et en restes de monuments.

Au siècle dernier (1709), un ingénieur de Saint-Malo y fut envoyé, avec mission spéciale de faire un rapport sur ce qu’il y remarquerait. Après de savants détails sur les chemins des Romains qui traversaient Corseul et dont l’un d’eux passait à Plancoët, cet ingénieur constate que l’église « avait dû être bâtie des débris de quelque grand édifice, car on voit, écrit-il, des tambours de colonnes de même grosseur que ceux des piliers qui forment les ailes du chœur. Tels sont ceux que l’on voit à cent pas de l’église, au milieu du grand chemin de Dinan, auprès desquels est une base de profil atticurge de trois pieds six pouces de diamètre, avec environ un pied de fût cannelé en spirale. Mais ce qui fixe l’attention, c’est une grande pierre de cinq pieds de long, large de trois, que l’on a tirée d’un tombeau pour en faire un pilier octogone auquel on a laissé une face plus large que celles qui lui répondent pour conserver une inscription latine : D. M. S. ».

Cette inscription « Diis manibus sacrum » n’est autre que le commencement de l’épitaphe d’un monument funéraire élevé par un fils (Januarius) à sa mère Silicia.

L’une des ruines de Corseul, dite « Temple de Mars » est classée parmi les monuments historiques, au titre « Monuments antiques ». Ce temple, dont il ne reste que la moitié, n’aurait jamais été plus haut. C’était un bâtiment octogonal, revêtu en dedans et en dehors de petites pierres très régulièrement taillées. D’après un mémoire de l’Académie des Sciences, cité par Deric (tome I, p. 44), ce temple n’aurait point été couvert, à moins qu’il ne le fût en chaume, à la mode gauloise.

Si nous avons exhumé ces mémoires, c’est que les monuments décrits, l’église et le Temple de Mars, ont pu être préservés d’une destruction que la fabrication du « tuileau » destiné à réparer les remparts de Saint-Malo a précipitée.

Pour faire ce tuileau, on se préoccupait peu des respectables souvenirs dont on broyait les briques, et cette œuvre de vandalisme a été consommée par les fouilles sans ménagement d’archéologues quelconques.

III

Montbran, son Baillage et sa Foire
relevant de Plancoët

Montbran qui n’est plus qu’un simple village aurait été autrefois « ville et forteresse ».

« Ce fief et baillage s’étendait en l’ancienne ville et forteresse ». Dans les notes précitées de 1781, il est question des restes de la tour et aussi d’une ancienne église (s’il y en a encore), puis d’un droit de moulin à vent, comme il y en avait autrefois sur le tertre dudit lieu ».

Au seigneur châtelain appartenait un droit de foire « laquelle commence le jour de la Sainte-Croix et se continue les jours suivants, droict de marché au lundy lardier, avec les devoirs de coustumes aux dicts marché et foire, droicts de bouteillage de chacune pipe de vin commencée de vendre par menu et détail en icelle foire, avec toute justice sur les allans et venans et trafiquans. En icelle foire et marché : gué et sûreté. Le lendemain de la dicte foire, étalonnage des mesures de tous les marchands vendants tant vin que cidre et autres marchandises ordinaires, avec droict de connoitre des causes et de tout ce qui appartient en icelle foire par la coustume et duché de Bretagne à Seigneur châtelain de Plancoët dont dépendent les dicts baillage et foire ».

La foire de Montbran, qui a survécu à l’ex-baronnie, dure dix jours, à partir du 14 septembre.

La vue dont on jouit du pied de la tour s’étend au loin vers Pléboule, Port-à-la-Duc, la baie de la Fresnaye où se jette le Frémur, une petite rivière que l’on franchit sur un pont sans parapet avant de gravir la côte du tertre ; plus loin, les falaises vers Saint-Cast et Saint-Jacut. Entre tous les clochers que l’on aperçoit, celui de Matignon appelle les regards sur la « petite ville au grand renom ».

Ce pays est très accidenté. Gracieusement vallonné, sillonné de jolies routes, il est rafraîchi par ses bois et ses fontaines et embelli par ses châteaux. Aussi les Ordres religieux qui savaient choisir leurs résidences en avaient-ils une aux environs. Le « Temple » et sa chapelle ont retenu le nom des Moines-Chevaliers. Dans sa liste des seigneurs lie la subdélégation de Lamballe, Ruffelet place la haute justice de la Guerche, avec Pléboule comme lieu d’exercice, en la possession de l’Ordre de Malte, et entre autres actes de l’un de nos dossiers, un contrat de 1756, met « la Commanderie de la Guerche et de la Caillibotière » sous la juridiction du « siège du Temple, en Pléboule ».

Parmi les grands propriétaires de ces bois, citons le Général baron de Liégeard. C’est à lui notamment qu’appartiennent Saint-Aubin et le Saint-Esprit. Le beau château de la Vallée, en Quintenic, est sa résidence.

Notes (1781) pour parvenir à la vente des fiefs de la maison de Rieux (Documents inédits).

Châteaubriand enfant y venait souvent pendant les vacances ; il avait gardé de Plancoët les plus aimables souvenirs.

Notes de 1781.

Notes de 1781.

Cahier des Devoirs de la Châtellenie de Plancoët.

L’Arguenon, si l’on remonte vers sa source, arrose la commune de Plédéliac dont dépendent les ruines de la Hunaudaye et son chef-lieu de canton Jugon (I556 habitants), place si forte jadis que l’on disait : « Bretagne sans Jugon, moine sans chaperon ». Son château, démoli en 1616, avait été successivement pris et repris par les partisans de Charles de Bois et de Montfort. Les Ligueurs s’en avaient, plus tard, fait un rempart redoutable.

C’est la patrie de l’érudit et saint Eudiste, l’abbé Sevoy, d’une des plus anciennes familles du pays.

Le clocher pyramidal de l’église est du XIIe siècle. Enfin l’étang de Jugon est un véritable lac, tant ses proportions sont grandioses. On s’y rend aisément, de Lamballe, en voiture. Par voie ferrée, il faut 20 minutes de Lamballe à Plénée-Jugon, sa station.

Vannes, Lafolye.

Corseul, première station du chemin de fer de Plancoët à Dinan, est une commune de 3,259 habitants. — Distance de la station, 9 kilomètres.

Notes de 1781.

Hist. de l’Acad. royale des inscriptions, Tome I, p. 401-407.

Notes de 1781.

Notes de 1781.

Annales.

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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 12:16

CHAPITRE II

I

La Forêt de la Hunaudaye

Les bois de la Hunaudaye s’étendent entre Lamballe et Plancoët sur une superficie de plus de deux mille hectares. Cette forêt s’est appelée d’abord Lanmur, au XIIIe siècle, et nous la voyons ainsi désignée dans un acte transactionnel, passe entre Pierre Mauclerc et Olivier de Tournemine qui, en 1214, et du consentement d’Alix, héritière de Bretagne, reçut en échange de biens maternels, plusieurs paroisses auxquelles le duc ajouta la possession de la forêt de Lamballe, autrement dite de Lan-mur.

Selon du Fail, elle aurait été connue jadis sous le nom de Forêt Noire.

Enfin, depuis plusieurs siècles, elle s’appelle la Forêt de la Hunaudaye.

La fraîcheur de ses ombrages sert, l’été, d’abri aux chevaux et aux vaches des riverains, qui s’y repaissent tout à leur aise. Ces animaux vaguent en liberté, une clochette au col, broutant l’herbe que les feuilles mortes engraissent de leurs couches fécondantes, et, le soir quand les bestiaux se rassemblent, le son de toutes ces clochettes est le seul bruit qui vienne, avec celui de quelque Angélus lointain, rompre le silence des solitudes de la forêt.

Si par hasard, le flair des chevaux, qui ne les trompe pas, vient à leur signaler le loup, l’instinct les réunit. Se groupant de façon à ne présenter que la ruade à l’ennemi, ils sont rarement surpris et ne succombent guère que lorsqu’ils sont isolés.

Malheur au cheval qui se laisse surprendre ! Un soir d’hiver, à l’heure où les arbres commencent à se confondre dans la même ombre, le châtelain du Vaumadeuc et son fils regagnaient leur logis quand tout à coup le galop d’un cheval, assourdi par la neige, les fit prêter l’oreille. Au même instant, un loup s’enfuit. Une barrière était fermée : évidemment le fauve s’apprêtait à profiter de l’obstacle eu sautant à la gorge de l’animal trop épuisé pour le franchir.

Ouvrir, et il n’était que temps, fut l’affaire d’une seconde et le salut du cheval qu’un second loup poursuivait. Le coup manqué, le rabatteur mystifié n’eut plus qu’à rejoindre son complice ; un hennissement, presque un râlement, tant il était faible, salua la délivrance.

C’est encore, et toujours la lutte en ces bois, mais on n’y dévalise plus, et ce n’est pas nous, au moins, qui en sommes les victimes. Sous ce rapport, Paris, la nuit, est loin de valoir la Hunaudaye.

II n’en a pas été toujours ainsi.

En 1355, une chasse au sanglier est donnée, à la Hunaudaye, en l’honneur de messire Eder de Beaumanoir. Eder, tout entier au plaisir de suivre la meute qui vient de lancer un solitaire, tombe, lâchement assassiné.

En 1384, un évêque de Saint-Brieuc est dévalisé en traversant la forêt.

Au temps où la reine Anne la traversa, la souveraine ne put elle-même se soustraire aux procédés de son « amé et féal cousyn », le sire de Tournemine, qui mit le comble a la galanterie en faisant arrêter sa suzeraine « qu’il venoit de festoyer ».

L’histoire de cette province est malheureusement pleine des exemples de ces hospitalités loyalement acceptées et transformées par les « féaux » en traquenards, comme à l’Hermine et à Champtoceaux.

Revenant donc du château où « elle fust bien festoyée, Anne fut prinse prisonnière par les gardes des boys du dict messire et baron, car le dict avoir ce privilège que quelque personne passant par les dicts boys, suns son congé ou licence, est à sa volonté de le confisquer corps et biens »

La veille, le seigneur de la Hunaudaye avait eu l’attention de déguiser en loups deux de ses hommes et de les faire déposer aux pieds de la reine une « biche enchaînée à son grand déplaisir et malheur ». Sans doute était-ce une allusion discrète à sa propre « prinse », méditée pour le lendemain, par ces autres fauves que l’on appelait les gardes !

« Toutefois, le dict baron fut-il gracieux à la dicte, dame, en lui donnant sa ranson ».

Il est vrai qu’Anne chevauchait à la tête de ses grands seigneurs à travers la forêt, et que si elle ne se fut prêtée de bonne grâce à l’impertinent caprice de son vassal, les gardes des boys du très haut et puissant messire eussent fait piteuse contenance au moindre signe de la souveraine de France et de Bretagne.

Non loin du château de la Hunaudaye, dont les ruines sont en Plédéliac, tandis que le Vaumadeuc est en Pleven, ce manoir, encore habitable et habité, servait de rendez-vous de chasse aux sires de la Hunaudaye. C’était le Meyerling de la baronnie, mais en plus petit, et sans que le moindre drame ait ensanglanté les pages de son histoire.

Il a toujours ses trois étangs et ses taillis que le sanglier visite à ses heures.

Sa façade n’a de remarquable que la porte d’entrée et des fenêtres Renaissance avec cordon de granit à l’extérieur ; son escalier en pierres de taille et ses superbes cheminées où flambent, l’hiver, de véritables troncs d’arbres, rappellent le XVIe siècle et l’existence facile d’autrefois.

Sur la route qui mène de Pleven à Lamballe, à quelques kilomètres plus loin, et toujours dans la forêt, on aperçoit comme des logements de grande ferme. C’est ce qui reste de l’abbaye de Saint-Aubin-des-Bois, fondée en 1137 par Geoffroy Botherel, comte de Penthièvre et de Lamballe. Protégée au siècle suivant par Guillaume Pinchon (Saint Guillaume), évêque de Saint-Brieuc, qui obtint de Pierre Mauclerc une charte en sa faveur, elle échappa plus tard aux guerres de la Ligue, mais ses moines trouvèrent dans la garnison de la Hunaudaye un voisinage qui sentait son huguenot et dont on se fût bien passé. Etant de Penthièvre, non de la Hunaudaye, l’isolement du monastère au milieu de la forêt rendait plus redoutables encore les exigences de ces soudards. Cette partie de forêt a conservé le nom de Bois de Saint Aubin. Au point de vue du chauffage, jamais moines ne furent mieux partagés. Une charte de Penthièvre les autorisait à abattre, pour leur usage, tout le bois qui leur serait nécessaire. Leur jardin fournissait à leur frugalité d’abondants légumes et de succulents fruits. On a conservé dans le pays une espèce de vigne, dite de Saint-Aubin, dont le raisin est particulièrement savoureux.

Il y avait encore, à la Révolution, cinq moines à l’abbaye lorsque la persécution sanglante vint les frapper. Un seul se sauva, par la fenêtre.

Successivement, maison de retraite pour la vieillesse des prêtres du diocèse et maison de fous, l’ancien monastère a été en partie démoli quand les aliénés et les frères de Saint-Jean-de-Dieu qui les soignaient ont été transférés à Dinan, aux « Bas-Foins ». On ne voit plus aujourd’hui de l’abbaye qu’un corps de logis servant de magasin de bois et de logement de garde.

Le cartulaire de Saint-Aubin, très intéressant à fouiller comme mine historique, est à la préfecture des Côtes-du-Nord depuis le transfert de Lamballe à Saint-Brieuc des Archives de Penthièvre.

II

Le Saint-Esprit des Bois

De l’autre côté du château de la Hunaudaye, dans le voisinage de la forêt, le Saint-Esprit des Bois était doté d’un Prieuré. Sa chapelle, que le dernier prieur lit ériger en succursale, continue à être desservie par le clergé de Plédéliac.

Le dernier titulaire du prieuré, qui dépendait de la Hunaudaye, était (avant la Révolution) le fils du régisseur général de la baronnie, l’abbé Minet « licencié de l’un et de l’autre droit ». En outre des bénéfices attachés à cette situation, son titulaire avait la « chapelainie de Du Guesclin », c’est-à-dire qu’il profitait des avantages d’une fondation pieuse du Connétable dans l’église Saint-Sauveur de Dinan.

L’abbé Minet cumulait les charges de prieur du Saint-Esprit et de recteur de Plédéliac. Il jouissait enfin des privilèges réservés à l’une des chapelles de la cathédrale de Rennes. Le procès-verbal de prise de possession de la chapelle de Saint-André (14 août 1751), dressé par les notaires « apostoliques » de cette ville, constate que les chanoines récalcitrants en avaient fermé les grilles ; mais le père du jeune abbé, qui ne se déconcertait pas pour si peu, car il était homme de loi, passa la main entre lesdites grilles et dit : j'y suis « manu ». Il n’ajouta pas « j'y reste », quoique, de fait, il y restât.

Journal d’Olivier de la Roche, chapelain du sire de la Hunaudaye.

Journal d’Olivier de la Roche, chapelain du sire de la Hunaudaye.

Journal d’Olivier de la Roche, chapelain du sire de la Hunaudaye.

La date de la construction du Vaumadeuc est inscrite sur une des pierres de la façade.

Ses Moines étaient de l’ordre de Cîteaux depuis 1614.

Le portail était aux armes de la Hunaudaye.

C’est-à-dire chargés de la rédaction des actes diocésains.

A nos archives.

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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 12:16

CHAPITRE III

Erection de la Hunaudaye en Baronnie

Dès 1451, aux Etats alors tenus a Vannes, le sire de la Hunaudaye occupait un rang hors de pair et non contredit parmi la noblesse. La Hunaudaye était déjà, en effet, l’une des antiques et principales bannière de Bretagne, lorsqu’il plut au duc François II, en 1487, d’ériger cette terre en baronnie.

D’ailleurs Tournemine en faveur duquel des lettres-patentes furent octroyées à cet égard avait-il « assez de biens et de richesses » pour maintenir « l’estat et honneur recquis à l’entretennement de baron et baronye ».

En avant tout, il s’agissait de récompenser son inébranlable patriotisme, en dépit des « dons, promesses, terreurs et espouvantemens » des Français qu’il n’avait cessé de combattre aux côtés du duc. C’était lui qui avait enlevé à ses ennemis le « chasteau et forteresse de Moncontour, pris par subtilz moyens à la vroye et loyale subjection » du souverain de Bretagne. Le nouveau baron y avait employé « corps et biens, en grand habondance et largesse ». Il était aussi au siège de Nantes, etc.

Le Mémoire où nous avons rencontré ces lettres-patentes nous donne la filiation des barons qui se sont succédés à la Hunaudaye, depuis Tournemine. Les tenues de 1610, de 1611, de 1627 et de 1637 en font foi :

« Messieurs de Rosmadec, héritiers de la maison de Tournemine en faveur de laquelle l’érection a été faite, en ont joui pendant qu’ils étaient propriétaires de la Hunaudaye. Catherine de Rosmadec, héritière de cette terre, la porta depuis, avec tous ses droits, dans la branche de Rieux-Châteauneuf, d’où elle passa dans celle de Rieux-Asserac, par le mariage de Jeanne-Pélagie de Rieux avec le marquis d’Asserac, aîné de la maison de Rieux ».

Vers le milieu du XVIe siècle, la baronnie de la Hunaudaye, déjà si puissante, se vit annexer la châtellenie de Plancoët, avec Montafilant. Nous aurons une idée de ce que devenait cette seigneurie princière en examinant le compte présenté, en 1502, par messire Pierre Héliguen, écuyer au chevalier « de Chasteaubriand et de Montaffilant, en sa cour de Montaffilant, héritier de hault, puissant et redoubté Monseigneur Françoys, chevalier seigneur en son temps des dicts lieux ».

Ce compte ne renferme pas moins de seize feuillets, sur vélin, ce fameux vélin de Lamballe dont il est question dans Rabelais, à l’occasion des Décrétales (A nos archives).

Le Mémoire de 1746, concluait au surplus en ces termes : « A l’égard de la terre de la Hunaudaye, M. le comte de Rieux est en état de prouver qu’elle n’est pas moins digne aujourd’hui de porter la qualité d’ancienne baronnie que lors de sa création, puisque, loin d’avoir souffert aucun démembrement, elle s’est au contraire accrue par la jonction de la baronnie ou ancienne bannière de Montafilant et châtellenie de Plancoët adjacente à la Hunaudaye, et qui ensemble ont le Fief proche ou dominant dans vingt-huit paroisses »

Outre la Hunaudaye, la maison de Rieux avait possédé les baronnies d’Ancenis, de Derval et de Malestroit, mais hélas ! disait l’auteur du Mémoire, il ne restait plus que celle de la Hunaudaye, aussi le seigneur comte et baron ne tenait-il que davantage à « la seule Terre que les malheurs du temps lui avaient laissée ».

Mémoire au sujet des lettres-patentes obtenues par Monsieur le Comte de Rieux pour la conservation des droits et privilèges de l’ancienne baronnie de la Hunaudaye. — Rennes, Vatar, 1746.

Mémoire au sujet des lettres-patentes obtenues par Monsieur le Comte de Rieux pour la conservation des droits et privilèges de l’ancienne baronnie de la Hunaudaye. — Rennes, Vatar, 1746.

Ce que ne pouvaient dire les lettres-patentes de François II, héritier des Montfort, c’était la fidélité des Tournemine à Charles de Blois qui valut à Pierre de la Hunaudaye, ancien compagnon d’armes de Du Guesclin, de voir son château démoli par ordre de Jean IV, ancêtre du duc François. Pierre en avait été d’ailleurs dédommagé par Jeanne de Penthièvre, veuve de Charles, par le don, en 1378, « des teneurs, hommes et homesses » de Pléven et de Plédéliac, qu’il reconnut tenir de sa suzeraine à foi et hommage. Ce fut lui qui commença la reconstruction du château détruit par les flammes sous la Révolution.

Pantagruel, Livre IX, Chapitre LII. — « Jean Chouart, dict Ponocrates, à Monspellier avoit achapté des moines de Sainct-Olary unes belles Descretales escriptes en beau et grand parchemin de Lamballe pour battre de l’or. — Les parcheminiers formaient, en cette ville, une corporation considérables. Les tanneurs, maçons et menuisiers ont continué en se groupant sous la bannière d’un saint Patron (saint Sébastien et sainte Anne), les traditions respectables du vieux temps.

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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 12:15

FIEF PRINCIPAL ET SES PARAGES

Château et Châtelains, Bannerets et Barons

Ecrire cette histoire, c’est aborder l’épilogue féodal d’une antique et princière maison ; de ses quatre baronnies : Ancenis, Derval, Malestroit et la Hunaudaye, celle-ci seule restait, en 1781, au comte de Rieux. Encore en était-il réduit à la morceler afin de mieux la vendre, car il n’était plus à même de pouvoir la garder.

C’est par le château rebâti par Pierre de Tournemine (1378) que nous commencerons, et ses ruines sont encore imposantes puisqu’elles ne couvrent pas moins d’un hectare. Nous visiterons ensuite la forêt, Saint-Aubin-des-Bois qui fut une abbaye, le Saint-Esprit qui, comme Saint-Aubin, n’est plus qu’une ferme. Nous n’oublierons pas le Vaumadeuc, au bord de la forêt, en Pléven et tout près du bourg. En Plédéliac se trouvent les ruines du château et l’ex-prieuré du Saint-Esprit des Bois.

L’érection de la Bannière de la Hunaudaye en Baronnie complétera ce premier classement de notre visite aux ruines, à la forêt et à tout ce qui peut présenter quelque intérêt, aux alentours, sera notre première étape.


CHAPITRE Ier

Le Château de la Hunaudaye

A la fin du siècle dernier, la vieille forteresse féodale mesurait encore la hauteur de ses épaisses murailles avec les chênes séculaire de la forêt. Elle inspirait le respect dû à la majesté de l’âge, après avoir fait régner la terreur. C’est qu’il avait fière apparence, ce château, avec ses ponts-levis, ses tours et ses remparts qui, la Révolution survenue, en faisant pour la sécurité publique un danger permanent. Le laisser subsister eût été, en effet, conserver à l’insurrection une formidable retraite. En octobre 1793, le district de Lamballe prit à son sujet des mesures radicales et urgentes : on le brûla. On mit le feu au château à l’aide de ses vieilles tapisseries.

En 1785, la Hunaudaye était encore habitée à M. Minet de la Villepaye, avocat au Parlement de Rennes, conseiller intime et gérant général du comte de Rieux. C’était un savant éclairé, tout en étant homme de loi.

Voici écrite de la main du dernier habitant du château, la description de ce qu’il était avant de devenir la prie des flammes.

« La Hunaudaye est un château composé de cinq tours grosses et moyennes qui forment un pentagone avec des bâtiments appliqués aux gros murs par le dedans de la cour. Il est situé aux confins du diocèse de Saint-Brieuc, du côté du levant, de la paroisse de Plédéliac, à sept lieues de Saint-Brieuc, trois petites de Lamballe, deux de Plancoët, une et demie de Jugon, et cinq de Dinan.

« Ce château n’est que d’une moyenne antiquité, puisqu’il est prouvé qu’il n’existait point encore en 1214. Il paraît avoir été commencé incontinent après cette époque, mais tout prouve qu’il ne fut pas l’ouvrage d’un seul siècle. En voici l’origine :

« M. de Sainte-Foix, historiographe de l’ordre du Saint-Esprit, a la preuve que Roland de Rieux, qui vivait en 1140, avait épousé Adelie de Penthièvre, princesse d’une singulière beauté, et dont il eut postérité. (Mémoire imprimé pour le comte de rieux contre la maison de Rohan).

« Il est très certain que Tournemine, père de l’ayeul d’Olivier, passa d’Angleterre en Armorique avec une suite digne d’un grand personnage. (Je l’ai communiqué à dom Morice qui l’a employé dans ses preuves).

« L’endroit où est situé le château de la Hunaudaye était alors place nue, un marécage. Je ne devinerais pas quelle a pu être l’origine de son nom (car son fondateur n’avait point nom Hunaud ni aucun de ses descendants), si je ne voyais qu’un hameau qui n’en est qu’à une bonne portée de fusil à balle, aujourd’hui nommé le village Saint-Jean, à cause d’une chapelle sous l’invocation du saint qui y subsiste d’ancienneté, ne s’appelait encore il n’y a pas deux cents ans, la Ville de la Hunaudaye.

« Il s’y tenait tous les ans plusieurs foires. Il y avait marché tous les lundis, auditoire et audience les mêmes jours. Il paraît que la chapelle était jadis succursale, et la grande quantité d’ossements qui se sont trouvés jusques sous ses murailles, en la réédifiant, en serait la preuve. Bref, selon les apparences, l’état où ce lieu était alors porta le nouveau seigneur à en donner le nom au château qu’il fit commencer.

« Ce château était redoutable avant l’usage du canon. Il l’était encore au temps de la Ligue, où il tenait pour le Roi, et où il eut toujours une compagnie de deux cents hommes à pied qui faisait tête à la garnison de Lamballe qui tenait pour le duc de Mercœur. Les détachements se cherchaient et se rencontraient journellement, ce qui faisait perdre beaucoup de sang, sans que cela aboutit à rien. Enfin ils en virent à se respecter et firent un traité en forme de trève, par lequel il fut dit que chacun garderait place sans se guerroyer : ce qui fut exécuté ».

L’ensemble des tours, dont une à chaque angle, affecte la forme pentagonale, ainsi que l’écrivait M. Minet. Chacune des tours avait son escalier de granit ; elles sont cylindriques et encore couronnées en partie de leurs machicoulis. Dans l’une (nord-est), chaque étage renferme sa cheminée (XVe siècle). Deux portes cintrées, du côté du midi : l’une servait aux chevaux, la plus large ; l’autre, aux piétons.

Les murs extrêmement épais (3 mètres au moins) sont percés de meurtrières ; les fenêtres, à larges embrasures, s’ouvrent en cintre à l’intérieur, en carré à l’extérieur, présentant au dehors, en cas prévu d’attaque, un point vulnérable aussi réduit que possible.

Les armoiries de la maison de Tournemine de la Hunaudaye « Ecartelé d’or et d’azur » surmontent la porte d’honneur et sont encore très visibles sur une des consoles des machicoulis de la façade est du château.

Dans un cachot, que l’on ne manquera pas de vous faire visiter, des essais de figures sur la pierre de la muraille sont des souvenirs de captivité laissés par la main d’un prisonnier, un moine de Saint-Aubin-des-Bois, prétend-on, coupable d’avoir mécontenté le châtelain de la Hunaudaye en lui reprochant sa conduite. Un seigneur du voisinage, pris de compassion, joua le moine et lui gagna la liberté.

En 1781, la Hunaudaye était considérée comme forteresse. Une lettre de M. Minet au comte de Rieux, en date du 17 décembre de cette même année, en donne pour preuve le devoir de « guet et de garde » qui subsiste toujours pour les vassaux de la baronnie.

« Pour ce qui est de la Hunaudaye, ce qui est dans les paroisses de Plédéliac et de Pléven ne saurait être vendu séparément du château sans déshonorer absolument cette réserve. Si vous en ôtez les rentes féodales, vous ne faites du château qu’une espèce de métayrie à qui il ne restera que du domaine. En perdant les fiefs, il perdra la seigneurie de deux paroisses, l’une dans laquelle il est, l’autre sur le bord de laquelle il est. Il y a même des rentes comme celles de guet et de garde qui ne conviennent qu’au château, à raison de ce qu’il est forteresse, où les habitants des deux paroisses étaient tenus de venir monter la garde ».

En 1505, le château de la Hunaudaye eut l’insigne honneur de recevoir la visite de la reine Anne, duchesse de Bretagne.

« Ce fust le jeudi d’après la feste de l’Apostre sainct Jacques, l’an de l’Incarnation mil cens cinq, le sire de la Hunaudaye estant a chevaucher par les environs, voilà qu’un escuyer richement accoustré, requist l’entrée du chasteau. Puis, le dict sire estant revenu au soir, présenta à lui de dict escuyer lettre fort bien scellée. Et la dicte lettre estoit de la très crestienne roine Anne, duchesse de Bretagne, et à lui disoit qu’icelle voulant visiter son très chier cousin, elle avoit voulu avertir lui en l’avance.

« Et le mardi en suivant, à l’heure des vespres, hommes d’armes estant au haut des tours, tout d’un coup fut veu par eux grande troupe venant vers le chasteau, et le sus dict escuyer ayant recogneu la Roine cheminant vénérablement o la dicte troupe en advertit en grande haste le sire de la Hunaudaye, et sitôt le dict seigneur assemblant ses gens, baisser fit le pont-levis, et s’estant rendu sur icelui, il attendit sa souveraine dame. Et la dicte dame montée sur une blanche haquenée, esloit accompagnée du sire de Rohan et de essaims de damoiselles convenablement estoffées. Et par après marchoient foule de gros seigneurs, varlets et gens d’armes vestus de hoquetons rouges.

« Et estant descendu sur le dict pont, le sire de la Hunaudaye taisant humble salutation : « Ma souveraine dame, vous plaist sçavoir que suis confus de l’honneur que vous me faictes, car j'à m'avez tant comblé que je vois avecq grand déplaisir de ne pouvoir acquitter ma debte ; vous suppliant humblement de croire que je vouloir toujours obéir à vous, à mon pouvoir, et suppliant le ciel de vous donner une vie longue, et ce pour le bonheur de la Bretaigne et du Roy Loys ».

« Et la Roine gracieusement respondit : « Mon cousin, say bien que vous estez ung dévoué et fidèle subjet ; aussi viens visiter vous qui avez toujours bataillé pour moi quand estois embesoignée ».

« Lors, la dicte Anne s’avançant avec le dict seigneur, sonnèrent hautement les trompettes, et sonna aussi l’horloge en manière de réjoissance : ainsi se rendit la Roine en son logis, et chascun l’admiroit à part soi, car estoit belle, estant dans sa vingt-neuvième année et pour lors espouse du bon Roi très chrétien Loys le douzième ».

La réception se termina par un festin dont le chef-d’œuvre fut un veau entier rôti, dressé sur ses jambes, apporté « en grande vénération par VIII escuyers ». Et la compagnie « en fust tout esjouie, un chascun voulant en avoir sa part ». (Journal d’Olivier de la Roche).

A M. le marquis de Talhouët.

Du Val-André à la Hunaudaye, 26 kilomètres. — Nous ne garantissons pas l’exactitude absolue des distances ; les vérifier dans l’Annuaire du Val-André.

Les abords de ce lieu si redoutable ont peut-être inspiré cette étymologie que nous n’affirmons pas : « Hue non audet » (Il n’ose venir jusqu’ici).

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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 12:11

Histoire

d’une

baronnie en Bretagne


Aux

Frontières de Penthièvre

Ruines, souvenirs & légendes

du pays

du

Val-André

Par

Paul de Chalus

Ancien Magistrat

Paris

Librairie Historique des Provinces

Emile LECHEVALIER

39, Quai des Grands-Augustins, 39

1895


NOTES DE L’AUTEUR

I. — Dès les premières pages, le Vauclair est écrit Vaucler, suivant l’orthographe de tous ou de presque tous les vieux actes consultés. (Voir Chap. VII. I).

II. — En donnant l’origine de la Hunaudaye (Chap. I) à laquelle M. Minet père s’efforce, en 1746, de rattacher les comtes de Rieux par Adélie de Penthièvre, aussi leur aïeule, il omet de dire ici si ce fut cette même Adélie qu’Olivier de Tournemine eut pour mère ou grand’mère. Ce que nous savons, c’est que ce fut de ce côté maternel que vint à Olivier le pays de Lan-Mur qui lui échut en partage en 1214, date de la fondation du château. (Voir Chap. I et II).


A VOL D’OISEAU

Ce petit livre comble une lacune, car le Val-André si proche du Vauclair devait prendre sa part de l’histoire d’une Baronnie dont ce château, ses terres et sa justice n’étaient qu’un démembrement.

Si le Val-André n’eut pas alors de mention spéciale, c’est que plage et village ne valaient guère la peine qu’on s’en occupât.

En faisant, un moment, de l’histoire contemporaine, nous rappellerons le nom glorieux de S. Exc. l’Amiral Charner, dont le joli parc, a quelques pas de la mer (l’Amirauté), atteste le succès d’une création qui n’a pas quarante années de date.

Il y a quinze ans, une Société parisienne séduite par les attraits d’une situation exceptionnelle au bord d’une baie où les courants chauds de la mer de Bretagne entretiennent un climat constamment tempéré, encouragée par l’accueil favorable qu’elle trouvait, au début, à Pléneuf, la Société de Nittis se décidait à fonder au Val-André une Station balnéaire. Un peu plus tard (1885), M. Cotard, ancien ingénieur en chef du Canal de Suez et gendre de l’Amiral Jauréguibéry, Ministre de la marine, restait seul propriétaire, au prix de 90,000 francs, des terrains cédés par la commune, et les progrès de la nouvelle plage furent tels qu’en 1892, ces terrains, indépendamment des constructions et des nombreux emplacements déjà vendus, n’étaient pas évalués à moins de 822,312 fr. (Rapport d’experts — 17 novembre 1892).

Aujourd’hui, la chapelle de la très hospitalière Communauté est devenue insuffisante, par suite des besoins religieux du nombre toujours croissant des baigneurs. Le Casino vient d’être agrandi. Sa salle des fêtes, construite en 1894, avec son gracieux théâtre, aux frais et coquets décors, a permis au public d’élite de la dernière saison d’applaudir des artistes de choix et même, aux grands jours, de brillants virtuoses.

En faisant bâtir une villa au Val-André, S. Exc. Nubar Pacha nous faisait espérer la venue parmi nous de sa haute personnalité, mais les intérêts supérieurs qui retiennent en Égypte ce célèbre contemporain en ont jusqu’ici privé la jeune plage.

Jadis, la fraction de grève entre les terres du Guémadeuc et la mer s’appelait « Grève Saint-Symphorien », du nom d’une chapelle dont une croix indiquait naguère l’emplacement.

De même, mais depuis plus longtemps, a disparu la Chapelle Saint-Michel, située sur Verdelet. Cet édifice existait encore sous Louis XIV ou Louis XV, époque présumée des vieilles cartes marines dont nous avons été assez heureux pour réunir la collection.

Dans ces cartes, Verdelet nous apparaît plus grand qu’il ne l’est de nos jours.

Par qui étaient desservies ces chapelles ?

Les Annales locales ne nous l’ont point appris, mais il est probable que si la Chapelle Saint-Symphorien, avec son Minihy, pieux et inviolable asile, fut une fondation des seigneurs du Guémadeuc, la chapelle Saint-Michel était un oratoire ou les gardiens des pêcheries, moines et autres, se réfugiaient ou priaient en attendant que la marée en se retirant abandonnât les poissons, une fois avec les « écluses », comme on appelle ces barrages sur nos côtes armoricaines.

La Légende, qu’il ne faut pas toujours faire taire, veut que le sillon joignant l’îlot à la terre ait été l’œuvre des Moines. A cela, rien d’impossible, les Templiers ayant authentiquement marqué leurs pas dans le pays. La Tour de Montbran, prétend-on, aurait été bâtie par eux ; d’autres, il est vrai, assurent qu’elle est l’œuvre des Romains, d’autres enfin vont jusqu’à la faire remonter aux Gaulois (Mons Brenni, mont du chef).

Non loin du point culminant de la falaise qui semble tendre à Verdelet, à jamais accaparé par la mer, un bras impuissant à le ressaisir ; tout prés de l’ancien télégraphe à signaux, les fouilles d’un savant magistrat (M. Former) ont mis à découvert les vestiges, soit d’habitations gauloises, soit d’un télégraphe à feu, à triple foyer, qui, par d’ingénieuses combinaisons de lumière, devait mettre en communication Erquy, la « Reghinea » des Romains et les points les plus éloignés du pays que domine le château Tanguy.

Protégée par la falaise dudit château, ancien corps de garde et encore poste de douaniers, la Ville-Pichard (Villa Piscatorum, village des pécheurs), mérite toujours son nom.

De l’ancien télégraphe, la vue embrasse un vaste horizon, tant du côté de la terre jusqu’au Menez que sur la baie de Saint-Brieuc, jusqu’au fond de cette baie, vers Yffiniac, écrit dans de vieux actes Y Finiacq, ce qui nous indique son étymologie naturelle et incontestable quoique jadis contestée Hic finit aqua, ici finit l’eau).

Nous ne mentionnerons que pour saluer le progrès de ses armements le port de Dahouët, dépendant de notre commune et dont la prospérité se trouve si intimement liée à celle du Val-André.

Dahouët relevait, non de la baronnie, mais de Penthièvre et s’orthographiait d’Aouët ou d’Aouest sur nos vieilles cartes ; les vents d’ouest qui soufflent sans cesse sur cette côte lui auront fait donner ce nom.

Nous avons déjà, à l’occasion de Verdelet, parle des écluses ou pêcheries. Sur toutes nos côtes, il y avait de ces « pescheries ». A Pléneuf, la famille Denis se disait noble, comme vivant du noble métier de la mer. Et nous possédons un bail de « pescheries aux mareyries d’Hillion » au prix de quatre livres tournois, plus un plat de poissons aux Rogations (1675).

Plus loin, sur la route de Saint-Brieuc dont les évoques étaient à la fois seigneurs temporels et spirituels, Yffiniac était désigné (Contrat du 16 octobre 1705) sous le nom flatteur de « ville et passage », et les notaires de la juridiction et baronnie d’Yffiniac constataient la comparution devant eux, à cette date, de messire François de la Villéon, chevalier de la Villepierre, « syndicq perpétuel de ladite ville et passage ».

Sans Notre-Dame, le véritable bijou architectural de Lamballe ; à part son haras, dont celte ville est justement fière, nous n’eussions pas franchi en sa faveur les frontières de la baronnie. La tour octogonale de Saint-Jean est du XVe siècle. Nous ne signalerons, à l’intérieur de cette église, que son bénitier en marbre, les restaurateurs modernes de Saint-Jean qui, comme Notre-Dame, menaçait ruine, ayant oublié les meneaux de ses grandes fenêtres, et par économie, étant allés au plus pressé. Au-dessus de ce bénitier, en face de l’entrée principale, Saint Martin y est représenté à cheval au moment où il se dépouille, en laveur d’un pauvre, de son propre manteau. La succursale (XIe siècle) sous le vocable de ce saint et qui dépendait d’une antique abbaye, se plaint d’avoir été dépouillée jadis de son bénitier, comme saint Martin de son manteau, avec celte différence que saint Jean ne l’aurait pas laissée libre de le lui refuser.

De même que Notre-Dame de Guingamp, Notre-Dame de Lamballe dut sa solidité et sa beauté à ces « associations d’ouvriers artistes, les Lamballais, véritables maîtres de la pierre vive », dont la réputation, dés le XIIIe siècle, était déjà répandue au loin. Remaniée à diverses époques, depuis le XIIe siècle, date de sa fondation, et relevée naguère en partie, celle collégiale (Monument historique) était, à l’origine, la chapelle du château dont les Promenades occupent la place. Elle avait ses chanoines ou plutôt ses chapelains, suivant les anciens titres de la collégiale. Il y avait alors à Lamballe quatre recteurs, dont celui de Notre-Dame.

Le chœur de cette église avait été «  fortifié par Charles de Blois de parapets et de guérites de pierres, d’échauguettes ainsi qu’on les appelait », ce côté de Notre-Dame, étant « le plus exposé, vers Saint-Sauveur, aux attaques de l’ennemi » (Quernest, Hist. de Lamballe). Le même Charles de Blois, de sainte mémoire, y porta processionnellement les reliques de saint Yves, et une princesse de Penthièvre, Marie, de Luxembourg, future duchesse de Mercœur, y fut baptisée.

Si, à part Notre-Dame, les édifices ne suffisent pas à retenir à Lamballe le touriste chercheur de monuments, et ne nous y arrêtent nous-même qu’incidemment, il n’en saurait être de même de l’histoire de cette ville. Ses annales sont à la fois celles de notre canton qui, tout en taisant partie de la baronnie de la Hunaudaye, n’en était pas moins sous la suzeraineté de Penthièvre ; à ce titre, les étoiles qui brillèrent au firmament lamballais furent aussi les nôtres, et ce n’est pas sans fierté que nous allons faire précéder ce que nous aurons à dire de nos sires et barons d’un aperçu rapide mais général de tant d’autres illustrations.

Le nom de Lamballe a été, de siècle en siècle, porté par des personnages marquants dans l’Eglise, à la Cour et dans la science. En 1255, un archevêque de Tours, le célèbre défenseur des Ordres mendiants, se faisait appeler Pierre de Lamballe.

Un autre prélat moins connu s’appela aussi Alain de Lamballe. La princesse de Lamballe massacrée en 1792, était de la maison de Savoie-Carignan ; elle était restée veuve à 19 ans de Louis de Bourbon-Penthièvre, prince de Lamballe.

Un maître de la science chirurgicale, Jobert, membre de l’Institut, avait pris le nom de Jobert de Lamballe, bien que né à Matignon (1801). Il est décédé à Paris en 1867, mais il a son tombeau à Lamballe. Une inscription, sur ce monument funèbre (à droite, en entrant au cimetière) rappelle les nombreux titres du défunt.

Le boulevard, près de la gare, s’appelle boulevard Antoine Jobert. A leur tour, deux rues de notre ville empruntent leurs noms à des généraux lamballais sinon de naissance, du moins de famille : l’un le général de cornemuse dont la mort fut, à tort ou à raison, enveloppée de mystère (on parla d’un duel avec Saint-Arnaud ; l’autre le général de Lourmel : sa mère habitait le Vauclair en Pléneuf, mais il était à Pontivy où il a sa statue. Un général contemporain, M. Keiser, est notre compatriote.

La Roche, en Trégomar, près de Lamballe, aujourd’hui au duc de Feltre, ramenait vers nous le général de Goyon, son père.

Mauny, une des anciennes terres seigneuriales de Penthièvre, appartient au général de Kerhué, commandant du 9e corps d’armée. Mauny, nom d’une aïeule maternelle du comte de Kerhué, lui rappelle qu’il n’est pas un étranger.

Nous réservons pour Pléneuf, berceau du général de La Motte-Rouge, nos hommages à l’une des gloires de notre pays.

Sans parler du savant abbé Gallet, historien (1647-1726) ; de l’éloquent abbé Cormeaux, prédicateur, puis homme politique sous la Révolution dont il fut victime ; de l’évêque d’Haïti, Mgr Belouino, sacré à Notre-Dame de Lamballe (mort il y quelques années), nous avons encore le jurisconsulte Aulanier, auteur du « Domaine congéable » et d’autres ouvrages de droit estimés ; de l’écrivain Mareschal, décédé (1843) archiviste à Saint-Brieuc ; du peintre Grimaux, etc., tous nés à Lamballe.

Les armoiries de Penthièvre, qui sont les mêmes que celles de sa capitale « d’azur à trois gerbes d’or, 2 et 1 », se rapportaient à sa fertilité. Cette fécondité était telle qu’elle inspira le dicton ; « Si la Bretagne est un œuf (prononcez eu), Penthièvre en est le moyeu », c’est-à-dire le milieu.

Sans discuter l’origine de Lamballe qu’une opinion controversée attribue aux Ambiliates, relevons l’étymologie, discutable elle aussi, qu’un historien (l’abbé Deric) a cru pouvoir lui donner : « Lan-pays, Bala-marais ». Les marais, s’il y en eut, ont été desséchés et la rivière, au cours régularisé, rampe autour des vergers dont les excellentes pommes ont détrôné le raisin des « Vignes », nom gardé par le coteau près du cimetière où son vin, si l’on n’y avait renoncé tant il passait pour malsain, conduirait fatalement les buveurs.

De Lamballe aux ruines de la Hunaudaye il y a moitié moins loin que de Pléneuf à ce château qui, sous le rapport des facilités, est un but d’excursion des moins bien partagés.

Plancoët lui-même, avec Corseul (deux stations de la ligne de Lamballe à Lison), Plancoët et Montafilant, annexes de la baronnie dont ils sont les points extrêmes, doivent être considérés, grâce au chemin de fer, comme tout aussi praticables.

Une ville, de l’autre côté des frontières de Penthièvre, à 15 kilomètres de Lamballe, Moncontour correspond avec cette gare par un courrier qui, le même jour, prend et ramène les voyageurs. Aux souvenirs de Moncontour se rattache trop intimement l’histoire des sires de la Hunaudaye et du Vaucler pour que nous n’en disions pas quelques mots. Ce fut même au siège de cette forteresse que se signala René de Tournemine, créé baron à la suite de ce haut fait d’armes.

Lorsque, des points élevés qui dominent cette petite ville, vous jetez les yeux vers la mer, vous avez une idée, réduite par le lointain, de cette large fraction de Penthièvre dont Lamballe est lui-même le « moyeu ».

Qu’est cette baronnie, avec ses bois qui en sont les ombres, ses collines qui, à cette distance, atteignent à peine les proportions de taupinières ? Qu’est-ce que ce vaste domaine féodal de plus de 50 kilomètres de longueur pour l’oiseau qui plane, pour l’hirondelle voyageuse qui met à peine quelques minutes à le traverser, et que sommes-nous nous-mêmes, vus du haut des airs, nous qui nous croyons si grands parce que nous dépassons le niveau de nos sables ?

Espérons que, dans cet autre Vol d’Oiseau des étrangers de plus en plus nombreux dont, chaque été, nous recevons la visite, nous saurons inspirer de nous une impression digne d’eux, digne de nous et moins fugitive.

Et non le dernier habitant de la Hunaudaye, auteur de la note de 1781, confondue avec celle de son père.

Par acte de Me Guinard, notaire à Pléneuf, en date du 5 septembre 1880, la société Hallam de Nittis, Ch. Cotard et Cie, acquérait de ladite commune de Pléneuf les terrains de cette plage au prix de 27,420 fr.

Une souscription pour la construction d'une chapelle nouvelle est ouverte à la sympathique Communauté.

Consultez l’ANNUAIRE de M. Laveuve-Pony (Librairie du Val-André) et vous y trouverez par ailleurs tous les renseignements désirables sur les meilleurs hôtels, les maisons à louer, les voituriers et fournisseurs divers du pays.

.V. Deric, Hist. ecclés. de Bretagne (Hovius, 1779),

Le rocher ou plutôt l’îlot du Verdelet doit son mon a l’apparence verdelette, de son court gazon ; ainsi Piégu (pied aigu) devait-il le sien a la forme qu’il affectait ; les travaux du quai, en faisant sauter le Petit Piégu, ont anéanti ce qui en était comme le talon.

A nos Archives.

Vieilles Réformations (Biblioth. munic. de Saint-Brieuc.

Ropartz. – Guingamp et son Pèlerinage.

Ces Promenades durent leurs premières plantations (1681) au sr de Pont-Robert, en l’honneur duquel on rima ce quatrain.

« Si chaque syndic avait autant

Planté que fit Pont-Robert en son temps,

Lamballe ne serait pré, ville ni lande.

Quoi donc ? Une forêt très grande ».

En 1363, Charles de Blois vint à Lamballe et « se rendit de loin à l’église Notre-Dame, marchant pieds nus sur les rochers en portant processionnellement, suivi d’un grand concours de fidèles, un morceau de côte de saint Yves, canonisé en 1347. Il porta ensuite, avec le même respect, et de la même manière, une autre relique de saint Yves en l’église des Augustins de cette ville, et, cette fois, ses pieds furent ensanglantés » (Quernest. — Histoire de Lamballe. Société d’Emul. Des Côtes-du-Nord. — St-Brieuc, F. Guyon).

Né à Saint-Aaron.

A Paris, comme à Lamballe, il y a une rue de Lourmel. Pléneuf a sa place de Lourmel. Dans ce canton, à Planguenoual, ce nom est honorablement continué par le comte de Lourmel du Hourmelin et ses fils. Madame Danycan de l’Espine, l’une des sœurs du général, vient de mourir (1894) à Lamballe, rue Saint-Martin, hôtel de Lourmel, une maison appartenant à M. Aimé de Lourmel, maire de St-Mandé (château de Thaumatz), et qui se distingue, à l’arrivée de la route de Dahouët, par un reste de porte sculptée.

Le général comte de Goyon était sénateur et président du Conseil général des Côtes-du-Nord. Ces deux hautes situations sont de nos jours occupées par M. Haugoumar des Portes, dont le château (Les Portes) est voisin de la Roche.

D'abord comté, Penthièvre devint duché et duché-pairie ; sous la Révolution, Lamballe, sa capitale, fut chef-lieu de district ; aujourd'hui, c’est un simple chef-lieu de canton (4,524 habitants).Industrie et commerce : Tanneries, grains, cidre, beurre, chevaux et bestiaux.Foires et marché (le jeudi) importants.

En cette ville est la gare de correspondance avec le Val-André (17 kilomètres).Haras national, plus haut mentionné : superbe établissement, aux luxueuses écuries remplies d'étalons de premier choix. Pour le visiter, s’adresser au Concierge, rue Saint-Martin.

Voir Chapitre VIII.

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Published by F du Fou - dans Histoire
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