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5 août 2008 2 05 /08 /août /2008 08:07
1488, Annus horribilis ou l'année où la Bretagne a été envahie et conquis

PARIS — L'année 1488 restera à jamais l'année horrible de l'histoire de la Bretagne. Cette année-là, par le fait de l'invasion militaire française, et de la guerre injuste faite par la France à notre pays, la Bretagne perd son Honneur, sa Liberté, sa Dignité.

Pour ce Pays prospère, respecté, puissant, c'est le début d'un lent déclin, qui se poursuit aujourd'hui, et que l'Europe, et les progrès du droit international, doivent permettre aux Bretons de mettre un terme, si toutefois ils sortent de l'attitude servile qui a été la leur pendant plusieurs siècles, et si enfin leurs élites se donnent les moyens, de faire cesser l'humiliation qui nous a été infligée par nos voisins.

Le misérable débat, minable en tous points, qui s'est déroulé devant le Parlement des Français - durant lequel, un certain nombre de Bretons se sont déshonorés - nous oblige à aller plus loin dans notre démarche.

Les fautes graves finissent par être connues. L'histoire de l'invasion militaire et de l'asservissement de la Bretagne par la France a maintes fois été écrite, d'une manière d'ailleurs excellente. Je n'ai donc aucun révélation à apporter sur les faits eux-mêmes.

Mais j'en ai une à faire, des plus intéressantes, dans le contexte de soumission dans lequel se sont complus les historiens officiels, tant Français (ceux-là, on est porté à les excuser : il est compréhensible que leur interprétation des événements soit en faveur de leur pays), que Bretons, qui ont courbé l'échine,ce que certains continuent à faire, ce qui n'est pas pardonnable.

La guerre de 1488 comme celle de 1491 sont des guerres d'invasion, des guerres injustes, visant à s'emparer de l'une des principautés les plus riches de l'Europe, de “la plus belle Duché de la Chrétienté” comme la désignent les chroniqueurs de l'époque, d'une manière unanime, d'un État strictement indépendant, jouissant, tant au plan international qu'au au plan interne, de tous les attributs de la Souveraineté, en aucun cas d'un “vassal” rebelle que l'on peut mettre au pas, ce qui a été la version “officielle” jusqu'à ces dernières années.

J'ai souligné, il y a peu, ayant remis en place maintenant les principaux jalons de notre histoire nationale, que je m'efforcerai de citer les sources beaucoup plus souvent. Maintenant qu'il est à peu près généralement admis et reconnu que le prétendu “Traité ” de 1532, était un très grossier artifice pseudo-juridique [1] et [2], que la Nation bretonne est infiniment plus antique que la Nation française [3], que notre langue est noble et vénérable, que tous savent que la langue française n'est rien d'autre qu'un patois qui a mieux réussi que les autres (quelle gifle, mes amis ! ! ! !), il est question de citer les références précises des faits que je relate, et surtout de citer les textes, préalablement traduits en français moderne, auxquels je me réfère.

Il est vrai - comme j'ai pu le lire récemment - que ma démarche personnelle est celle des Bretons d'aujourd'hui : elle entre dans le cadre d'un projet politique : la réappropriation par la Bretagne de sa Dignité et de sa Liberté, dans le cadre strict et rigoureux du Droit international et des principes généraux du droit. Mais, s'agissant de mes recherches historiques, elles sont le fait d'un universitaire particulièrement rigoureux, qui ne se permet pas la moindre inexactitude, sachant qu'une telle manière de procéder, même limitée à quelques détails, détruirait La totalité de l'édifice.

Quoiqu'ayant pour le Peuple français le plus grand respect et la plus grande amitié, je ne ferai, quant à la vérité, aucune sorte de concession à la France. Il est indigne de tricher avec la vérité, surtout lorsque cette attitude a pour but de ménager ses pauvres intérêts personnels : je n'ai aucun intérêt personnel à défendre, je pense que cela est admis.

 


La sale guerre de 1488

La présente chronique, volontairement brève, n'a nullement pour but de réécrire l'affrontement sanglant de la Bretagne et de la France en 1488. J'ai observé, dans les différents articles et chroniques que j'ai publiés, qu'il y a, spécialement chez les jeunes Bretons, une sorte “d'appétence”- bien davantage même : une violente aspiration, une sorte de fureur - à connaître la vérité, qui leur a été cachée jusqu'à présent. La chape de plomb a été si solidement maintenue sur le pays depuis son annexion que plus de huit Bretons sur dix ignorent que la Bretagne a été annexée, et qu'elle n'a été “conjointe” à la France que par la force, la violence, le mensonge, la destruction de sa culture, le conditionnement mental (que beaucoup d'auteurs désignent maintenant sous sa véritable appellation:le lavage des cerveaux.

De même, la séparation “administrative” de la Bretagne est considérée - à l'égal du mur de Berlin, abattu en 1989 - comme « le mur de la honte » dressé par le maréchal Pétain en 1941. Il faut maintenant le briser avec fermeté comme étant le symbole de notre servitude, et des intentions maléfiques de la France qui s'acharne à vouloir maintenir cette partition, croyant qu'elle deviendra définitive, à son bénéfice.


Pour qui souhaite connaître la vérité sur ce qu'on peut appeler « une sale histoire », il n'est que de se reporter aux excellents ouvrages qui ont été écrits sur la matière. Citons les principaux :

— Morice, dom Hyacinthe : « Mémoires pour servir de preuves à l'histoire ecclésiastique et civile de Bretagne », Paris, 1746, tome III.
Une masse impressionnante de documents, recopiés dans les archives et imprimés. C'est l'ouvrage de base indispensable, quoique des documents précieux aient été découverts depuis son impression.

— Pélicier Paul : « Essai sur le gouvernement de la dame de Beaujeu, 1483-1491 », Chartres, 1882 ; Genève, réédition, 1970, 315 pages).
Remarquablement documenté, probablement la meilleure étude publiée sur le sujet.

« Correspondance de Charles VIII et de ses conseillers avec Louis II de la Trémoille, pendant la guerre de Bretagne de 1488 », Genève, Mégariotis Reprints, 1978, réimpression de l'édition de Paris de 1875, 284 pages.
Cet ensemble précieux de lettres permet de suivre la guerre d'invasion presqu'au jour le jour, et fournit des clés indispensables pour en comprendre le but - la conquête - et la duplicité des Français, qui tentent de justifier la guerre par une agression du Duc contre la France, lui qui ne fait que se défendre.

— Alain Bouchard :« Grandes croniques de Bretaigne », réédition de Nantes, 1886.
Ce témoignage d'un contemporain des faits, historien scrupuleux, qui a eu accès aux archives ducales à la demande d'Anne de Bretagne, est plus que précieux, malgré l'absence totale de “preuves” : il ne reproduit que très peu de documents authentiques. Juriste, Bouchard fournit des renseignements indispensables (pour qui sait les comprendre), sur la nature des relations de la Bretagne et de la France : deux puissances souveraines, dont l'une, puissante, tente depuis des siècles d'assujettir l'autre, et finit par y parvenir.

— Arthur Le Moyne de La Borderie : « Histoire de Bretagne », tome 4, Rennes, 1906 ; Spézet, réédition de 1998.
Le meilleur ouvrage sur l'histoire de la période, malgré ses insuffisances, et les découvertes fondamentales effectuées depuis sa parution.

— Yvonne Labande-Mailfert : « Charles VIII », Paris, Fayard, 1986.
Magistral.

— Yvonne Labande-Mailfert : « Le mariage d'Anne de Bretagne avec Charles VIII, vu par Érasme Brasca », in Mémoires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Bretagne, tome LV, 1978, pages 17 à 42.
Étude magistrale, strictement indispensable.

— Jean Kerhervé : « L'État breton », 2 volumes, Paris, éditions Maloine, 1987.
Étude très fouillée sur les institutions et sur les ressources financières du Duché souverain au XVe siècle. Les finances bretonnes sont celles d'un État moderne, en aucun cas d'une Principauté arriérée. Cet ouvrage confirme la prospérité financière du Duché, et le savoir-faire des hommes de finances bretons. Sur ce terrain, la légende d'un pays prétendument en retard vole en éclats.

— Dominique Le Page et Michel Nassiet : « L'Union de la Bretagne et de la France », Morlaix, 2003.
Ouvrage excellent, parfaitement documenté au plan historique. Malheureusement les auteurs, n'étant pas juristes, commettent plusieurs erreurs dans l'interprétation juridique des textes.

— Dominique Le Page : « Finances et politique en Bretagne au début des temps modernes, 1491-1547 », Paris, 1997.
Étude très fouillée sur les “mécanismes” de “l'intégration” machiavélique (en fait, la digestion, la phagocytose) du Duché souverain par le royaume de France. On regrette que l'élimination systématique des héritiers légitimes de la Couronne de Bretagne - Renée de France entre autres - n'ait pas été traitée avec davantage de détails. Il est vrai que ce n'est pas le but de l'ouvrage. Cette étude fait partie de mes notes manuscrites ; j'ignore si elles seront ou non publiées.

— Pocquet du Haut-Jussé (B.-A.) : « François II, duc de Bretagne et l'Angleterre », Paris, 1920.
Indispensable, mais confus, sans lignes directrices claires.

— Chombart de Lauwe, « Anne de Beaujeu », Taillandier, Paris, 1980. Excellent.


Ayant constaté que ce sont les documents authentiques, traduits en français moderne - pour les rendre compréhensibles - qui suscitent le plus d'intérêt chez les jeunes Bretons, comme étant des preuves irréfutables, ou peu s'en faut, susceptibles de donner une assise solide à leur recherche d'identité, je m'efforcerai désormais d'en citer de plus nombreux, et de tenter de constituer une sorte d'anthologie, ce qui aura le mérite, par ailleurs, d'empêcher ceux que je nomme les “Hystoriens” de la Bretagne, de falsifier l'interprétation des faits plus avant. (Je pense, notamment, à une « biographie » d' Anne de Bretagne, récemment rééditée, pamphlet virulent et truffé d'âneries quant à la véritable personnalité de la duchesse, ouvrage qu'on aurait honte d'avoir écrit). A la lecture de ces références et de ces documents, l'envie leur viendra d'en savoir plus, afin de se reconstruire, et de reconstruire le pays sur des bases saines, entreprise difficile dont ils ont entièrement la charge désormais, et que personne ne pourra faire à leur place.


Le crime de préméditation.

L'invasion de la Bretagne par la France en 1498 a été préméditée, et a été programmée plusieurs années avant qu'elle n'intervienne, bien avant la fuite des nobles français de haut rang qui ont demandé asile au duc François II, père d'Anne de Bretagne. L'asile accordé à ces Hauts personnages n'a jamais été la « cause » de l'invasion de la Bretagne, mais a constitué « LE » prétexte que la France attendait depuis longtemps.

On connait la thèse “officielle”, celle qui fut imaginée par la France pour justifier une guerre, interdite par le droit international et les principes moraux de l'époque, et qui continue à être utilisée par certains ignorants - comme on a pu le lire récemment encore dans certains sites internet : en 1488, l'héritier du trône de France, Louis d'Orléans, cousin et beau-frère du roi régnant en France, pays limitrophe mais étranger (Charles VIII, fils de Louis XI, décédé en 1483), mari de la fille de Louis XI (Jeanne de France), ayant fui en Bretagne pour mettre sa vie à l'abri de sa belle sœur, la redoutable Anne de Beaujeu, “régente” du royaume, entrainant avec lui quelques autres seigneurs, le roi Charles VIII ne pouvait que les poursuivre et les extraire de force du Pays Souverain qui leur avait donné asile, en prétextant - fait ridicule - que ce pays était vassal du roi de France, désobéissait à ses “devoirs féodaux”, et que les quelques réfugiés, venus sans troupes et sans armée, mettaient le royaume en péril !

Cette thèse est strictement fausse. L'histoire des tentatives de conquête et d'asservissement de la principauté de Bretagne - les petites principautés d'abord, le royaume ensuite, le Duché enfin - est la substance même des relations de la Bretagne et des royaumes des Francs, puis de la France.

Il est difficile, dans cette longue histoire, d'identifier avec certitude une seule période où les deux Pays ont été unis par des liens d'amitié. Ils ont été alliés souvent, ils se sont détestés toujours, plus encore aujourd'hui, après la destruction quasi totale de la langue nationale des Bretons, de leur culture, les discriminations et des humiliations de toutes natures qu'ils ont subies, dont la dernière - aux conséquences incalculables - a consisté en la volonté affirmée de la France de néantiser la langue, par la volonté affichée d'empêcher, par des obstacles de toutes natures, de pérenniser son enseignement, alors même qu'il est devenu l'un des symboles les plus forts de l'Identité bretonne.

1 — Les Français mentent d'une façon grossière lorsqu'ils prétendent que l'invasion de la Bretagne, en 1488, est motivée par le fait que l'asile donné aux nobles français par le duc François II est la cause du déferlement des armées françaises sur la principauté.

Nous avons dit ailleurs que, contrairement à ce que croient beaucoup de lecteurs, il existe, au Moyen Âge, un droit international, en particulier, depuis longtemps, des conditions en principe rigoureuses pour qu'une guerre puisse être déclenchée. Toute guerre qui ne se conforme pas à ces principes est qualifiée d'« injuste ».

La théorie de la guerre juste

La théorie de la guerre juste (1) n'est pas - comme le croient certains - une théorie récente ou formalisée tardivement mais, au contraire, une idée très ancienne de l'humanité civilisée. Ce n'est, en aucun cas, un concept inventé par le pape Jean Paul II pour condamner les Bush père et fils d'avoir donné ordre aux armées américaines d'envahir l'Irak, en 1991 et en 2003, à seule fin de s'emparer des richesses pétrolières de ce pays, en violation manifeste du Droit international.

Sans vouloir en faire remonter l'origine au Code d'Hammourabi, qui condamne la violence exercée par le fort sur le faible (2), elle est déjà évoquée par Cicéron. On admet qu'elle a été codifiée par Saint Augustin (3). De nombreux théoriciens se sont préoccupés, après lui, d'en définir les contours, notamment Vitoria, Suarez, Saint Thomas d'Aquin, Grotius…

Plus près de nous, des auteurs comme Holmes Robert L., Michael Walzer (Just and injust War, 1977), Bertrand Lemennicier (La notion de guerre juste, Le Québec libre, 12 avril 2003), ont repris cette théorie, et ont tenté de la compléter, notamment sur le point de savoir si une guerre “préventive” peut prétendre être qualifiée de “juste”, ou si elle est injuste par nature.

Au moment où se préparent les invasions de 1488 et de 1491, les théologiens et les juristes savent parfaitement ce qu'est une guerre injuste. Nous allons voir que la connaissance qu'en ont les lettrés et les clercs du temps - en particulier les proches conseillers des princes -, est telle, que ce sont ces considérations de morale et de droit international qui, en plein Conseil royal, ont abouti, la Bretagne écrasée et détruite par les Français en 1488, à bénéficier d'un “sursis” de deux ans, jusqu'au coup fatal de 1491.

(Incidemment, on pourra lire un excellent chapitre de synthèse dans Philippe Contamine, professeur émérite d'histoire médiévale à la Sorbonne, sur les théories relatives à la guerre injuste: La guerre au moyen age, Paris, sixième édition, janvier 2003, pages 420 à 432, et 449 à 459).

La lecture des écrits de Saint Augustin permet d'affirmer que la théorie de la guerre juste est presque complète sous sa plume. Les auteurs très nombreux qui écrivent après lui ne font guère que préciser ou développer certains points. À partir du 14 ème siècle, l'édifice doctrinal mis en place par Augustin ne s'enrichit plus guère que de détails.


(1) Une guerre est dite juste lorsqu'elle remplit les conditions ci-après :

1 - Elle ne peut être déclarée que par l'autorité légitime, c'est-à-dire le Prince, celui qui détient tous les attributs de la souveraineté.

Les auteurs - presque toujours des clercs - n'ont pas tenté d'interdire la guerre. Celle-ci, disent-ils, est dans tous les cas un mal en soi, par les malheurs qu'elle engendre. Mais elle est parfois nécessaire, ne serait-ce que pour se défendre d'une invasion injuste.

Du moins doit-on en limiter l'usage le plus possible. La première restriction est d'en interdire l'usage aux particuliers. Quiconque dispose d'une armée - parce qu'il a les moyens financiers de lever des soldats et de les payer - n'est pas autorisé à faire la guerre pour s'approprier les biens et territoires d'autrui ; il peut seulement mettre ses troupes au service d'un souverain légitime....


À suivre :
Dans les articles suivants seront traités les procédés machiavéliques par lesquels la France va accuser le duc François II de faire la guerre au royaume, en conséquence, d'envahir ses États, de les mettre à feu et à sang, de détruire ses armées en juillet 1488 à Saint-Aubin-du-Cormier, et, fait ignoble, de contraindre ce malheureux prince, lui qui s'est défendu, à reconnaitre par le Traité de Sablé, qui le met à genoux, que c'est lui l'agresseur !
Sera exposé en détail le contenu d'une pièce capitale : le mémoire de l'invasion, rédigé par les conseillers d'Anne de Beaujeu trois années avant la guerre.

Louis MELENNEC

Louis Melennec est Docteur en droit et en médecine, Diplômé d'études approfondies d'histoire, Diplômé d'études supérieures de droit public, de droit privé, de droit pénal, Ancien chargé de cours des facultés de droit et de médecine, Ex Consultant près le Médiateur de la République Française, Ancien élève de la Sorbonne et de l'Ecole des Chartes de Paris.
Site  et blog de Louis Mélennec

Extrait de : Agence Bretagne Presse
Article publié avec l'aimable autorisation de l'auteur

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Published by F du Fou - dans Histoire
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